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L'évolution historique de la présence des surveillantes dans la garde des détenues (principalement en France) s'articule autour du passage d'une gestion morale et religieuse à une professionnalisation républicaine et laïque, pour aboutir aujourd'hui à une mixité généralisée. [1, 2]
Voici les grandes étapes de cette trajectoire historique :
1. L'Ancien Régime : Une absence de distinction stricte
Sous l'Ancien Régime, la gestion des lieux d’enfermement (les geôles, les conciergeries) relève d’une logique purement commerciale et privée. Les détenus et détenues sont souvent gardés par des geôliers ou concierges (hommes). Ces derniers font parfois participer leurs propres épouses à la gestion quotidienne, sans aucune règle formelle ni séparation stricte des sexes, ce qui favorise de nombreux abus. [1]
2. Le XIXe siècle : Le règne des congrégations religieuses
Au début du XIXe siècle, la création des maisons centrales (comme la prison de femmes de Cadillac en 1818) s’accompagne d'une explosion de la population carcérale féminine. Les scandales répétés de mœurs et de relations abusives entre les gardiens masculins et les détenues poussent l'État à agir. [1, 2, 3]
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L'Ordonnance de 1839 / Réformes des années 1840 : L'État décide de confier la surveillance exclusive des femmes à du personnel exclusivement féminin. [1]
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Le choix des religieuses : Pour des raisons d'économie et d'idéologie, l'administration délègue ce rôle à des congrégations religieuses, notamment les Sœurs de Marie-Joseph (fondées en 1841). Les religieuses incarnent alors un modèle de discipline et d'amendement moral. Bien que des « surveillantes laïques » coexistent de manière minoritaire, les sœurs gèrent la quasi-totalité des prisons de femmes. [1, 2, 3]
3. Le XXe siècle : La laïcisation et le statut de fonctionnaire
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Le tournant du siècle et les lois de laïcisation amorcent le déclin de la gestion religieuse.
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Le décret du 2 août 1919 : Il supprime définitivement les appellations de "gardiens" au profit de "surveillants" et "surveillantes". Le personnel féminin est désormais composé de fonctionnaires de l’État. [1]
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1939-1945 et l'après-guerre : La laïcisation totale des prisons de femmes s'achève tardivement. Les dernières sœurs quittent la gestion directe de la détention au cours de la seconde moitié du XXe siècle (les vagues de réformes Amor dès 1945 réorientent le métier vers la sécurité et la réinsertion). Le recrutement des surveillantes se fait désormais exclusivement sur concours républicain. [1, 2]
4. Fin du XXe siècle à aujourd'hui : Vers la mixité des postes
Jusqu'aux années 1990, une règle stricte de non-mixité s'appliquait : les hommes surveillaient les hommes, les femmes surveillaient les femmes. [1]
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Années 2000 : L'ouverture aux quartiers hommes : Sous l'impulsion des directives européennes et de l'évolution du droit de la fonction publique, la mixité est introduite. À partir de 2000, les femmes surveillantes sont autorisées à exercer dans les quartiers de détention pour hommes. [1]
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Aujourd'hui : Si les femmes représentent environ 20% à 23% des effectifs globaux du personnel de surveillance, les règles de fouille restent strictement genrées pour respecter la dignité des personnes détenues (les fouilles des femmes détenues continuent d'être exécutées par des surveillantes). [1, 2]
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En tant qu'observateur du monde carcéral, ancien formateur de l'Administration Pénitentiaire et animateur du média de référence Culture et Justice, Philippe Poisson porte un regard ancré dans l'histoire longue, l'évolution statutaire et la mémoire des personnels pénitentiaires. [1, 2]
Formateur des personnels au centre de détention à Joux-la-Ville dans l'Yonne il a suivi les premiers pas des femmes surveillantes autorisées à exercer dans les quartiers de détention pour hommes.
Son approche ne se résume pas à une opinion subjective, mais s'articule autour de trois grands axes documentés à travers ses travaux et publications sur les plateformes Criminocorpus et Portrait Culture Justice : [1, 2]
1. La mémoire d'une lente rupture historique
Philippe Poisson rappelle régulièrement que le système pénitentiaire français s'est construit sur une stricte séparation des sexes, tant pour les personnes détenues que pour les personnels. [1, 2]
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Historiquement, la garde des femmes était exclusivement dévolue à des congrégations religieuses (comme les Sœurs de Marie-Joseph), tandis que les prisons d'hommes étaient surveillées par des hommes. [1, 2, 3]
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Son travail met en perspective la rupture majeure qu'a représentée l'introduction de la mixité à partir de 1983. Il documente la manière dont les femmes ont dû s'imposer dans un univers professionnel profondément marqué par des codes masculins d'après-guerre et de "vieilles méthodes" traditionnelles. [1, 2, 3]
2. La valorisation de la parole et du quotidien des agentes
En tant que spécialiste de l'histoire des agents de surveillance (qu'il a souvent qualifiés de « figures oubliées » de la modernisation des prisons), Philippe Poisson s'efforce de sortir les surveillantes de l'invisibilité médiatique. [1, 2]
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Sur ses espaces de publication, il relaie activement les recherches sociologiques, les documentaires (comme ceux de Marie Drucker ou d'Hélène Trigueros) et les récits de vie mettant en lumière les réalités du terrain pour les femmes en uniforme. [1, 2, 3]
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Il s'attache à montrer la complexité de leur posture : gérer l'autorité dans un milieu parfois machiste, concilier l'identité féminine avec le port d'un uniforme standardisé, et utiliser le dialogue ou la médiation comme outils principaux de gestion de la détention. [1, 2, 3]
3. La déconstruction des clichés
À travers la recension d'ouvrages et de travaux d'historiens sur Criminocorpus, le regard de Philippe Poisson participe à déconstruire le double stéréotype persistant autour des surveillantes : [1]
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Celui de la "matonne" rigide et insensible hérité du XIXe siècle.
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Celui, à l'inverse, d'une prétendue vulnérabilité physique ou émotionnelle que certains détracteurs de la mixité ont pu utiliser pour freiner leur progression de carrière.
En somme, son regard est celui d'un transmetteur de mémoire : il replace la féminisation du corps des surveillants comme une étape indispensable, bien que tardive et encore parsemée de défis culturels, dans la modernisation républicaine de la prison. [1, 2, 3]
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Politique éditoriale sur la page Culture et justice - Le blog de Philippe Poisson
"Le carnet de recherche de Criminocorpus a été créé en 2008 sur la plateforme Hypotheses avec l'objectif de couvrir l'actualité de la recherche en histoire de la justice. Il s'est progressivem...
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