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Le passé carcéral et judiciaire du Grand-Pressigny (Indre-et-Loire), s'inscrit au cœur d’une puissante baronnie féodale de Touraine. Avant de devenir mondialement connue pour ses silex néolithiques et son Musée de Préhistoire, la commune a abrité des structures d'enfermement très spécifiques et a exercé les prérogatives de la Haute Justice féodale. [1, 2]


1. La Haute Justice de la Baronnie du Grand-Pressigny

Sous l'Ancien Régime, Le Grand-Pressigny n’est pas un simple bourg, c’est une place forte stratégique militaire et judiciaire frontalière. [1]

  • Les prérogatives seigneuriales : Les seigneurs du Grand-Pressigny, barons et « chevaliers-bannerets » sous les rois Capétiens, détenaient le droit de Haute, Moyenne et Basse justice. Un bailli ou un juge seigneurial y gérait l'ordre public, jugeait les crimes de sang, le vol, ainsi que les innombrables délits ruraux ou de braconnage commis dans les forêts de la vallée de la Claise. [1, 2, 3]

  • Le pilori et les fourches patibulaires : Matérialisation physique de la peine capitale et de la sentence judiciaire, la baronnie disposait de ses propres fourches patibulaires (gibets) et d’un pilori pour l'exposition publique des condamnés dans le bourg.

2. Les geôles du Château du Grand-Pressigny

Le Château du Grand-Pressigny, avec son imposant donjon du XIIe siècle de 35 mètres de haut, ne servait pas qu'à la guerre : il intégrait les structures carcérales seigneuriales. [1, 2]

  • Le rez-de-chaussée aveugle : La base du donjon quadrangulaire, aujourd’hui partiellement en sous-sol, se compose de quatre petites pièces voûtées en berceau. Dépourvues de cheminées et d'ouvertures extérieures, ces salles fortes servaient de cachots de sûreté ou de réserves militaires. Les captifs y attendaient leur procès ou leur transfert. [1]

  • Les garnisons et prisonniers de guerre : Lors de la guerre entre Armagnacs et Bourguignons au XVe siècle, la forteresse changea de mains. En 1417, Jean sans Peur (duc de Bourgogne) s'en empara et y installa une forte garnison, faisant des dépendances du château un lieu de détention pour les partisans du Dauphin (le futur Charles VII), avant que celui-ci ne reprenne la ville l'année suivante. [1]

3. La transition post-révolutionnaire : La fin des prisons privées

À la Révolution française, le système judiciaire bascule.

  • La confiscation comme Bien National : Le domaine, qui appartenait alors à la famille Gilbert de Voisins (président du Parlement de Paris), fut saisi par l'État après 1789 comme bien d'émigré, mettant définitivement un terme à l'exercice de la justice seigneuriale au Grand-Pressigny.

  • Le démantèlement carcéral : Les geôles perdent leur fonction. Le château est morcelé et vendu à des propriétaires privés (la famille Poyard-Moreau). Faiseurs de délits et criminels du canton ne sont plus enfermés au château, mais transférés à la maison d'arrêt de Loches (aménagée dans la Cité royale voisine). [1, 2]

4. Les fiefs pénitentiaires rattachés

À l'échelle locale, plusieurs sous-fiefs qui dépendaient directement de la baronnie du Grand-Pressigny possédaient leurs propres petits espaces de détention :

  • Le château de Bouferré (ou Bouc-Ferré) : Ce fief historique du XVe-XVIIIe siècle possédait des droits de justice restreints sous la tutelle du Grand-Pressigny et disposait de sa propre tourelle et basse-cour pour surveiller la population paysanne dépendante. [1]

De nos jours, le donjon médiéval s'est en partie effondré en 1988. Les anciennes caves et structures basses du château, autrefois craintes pour leur obscurité carcérale, ont été magnifiquement réhabilitées et accueillent désormais les galeries d'exposition du parcours préhistorique. [1, 2]

L’histoire judiciaire et criminelle du Grand-Pressigny est le reflet de sa position de baronnie frontalière, marquée par de grands conflits féodaux sous l'Ancien Régime, puis par des crimes de sang plus locaux à l'époque moderne.


1. Les lits de justice et la trahison du duc d'Alençon (1458)

Au XVe siècle, la baronnie du Grand-Pressigny se retrouve mêlée aux plus grands procès pour crime de lèse-majesté du royaume.

  • Le contexte : Le seigneur du Grand-Pressigny est alors un vassal direct de la Couronne. En 1458, le roi Charles VII convoque un lit de justice exceptionnel à Vendôme pour juger l'un des plus grands princes du sang : Jean II, duc d'Alençon, accusé de haute trahison et de complot avec les Anglais. [1]

  • L'impact local : Les seigneurs et baillis du Grand-Pressigny participent aux escortes et à la sécurisation logistique de ces grands procès royaux qui se tiennent aux confins de la Touraine et du Vendômois, la forteresse du Grand-Pressigny servant occasionnellement de base arrière pour surveiller la frontière. [1, 2]

2. La violence des guerres de religion et les massacres de la Claise (XVIe siècle)

Pendant les guerres de Religion, le Grand-Pressigny devient le théâtre d'exactions sanglantes qui relèvent autant du fait de guerre que de la criminalité civile.

  • En 1569, des bandes armées huguenotes et catholiques pillent tour à tour les églises et les domaines de la vallée de la Claise.

  • Les registres du bailliage seigneurial conservent la trace de règlements de comptes sanglants, d'assassinats de prêtres et de pillages massifs perpétrés sous couvert de religion, entraînant des procédures d'urgence et des exécutions par pendaison aux fourches patibulaires du bourg.

3. Les parricides et crimes ruraux de l'immédiat après-guerre

Aux XIXe et XXe siècles, la criminalité du Grand-Pressigny et de ses communes limitrophes se déplace vers le huis clos des fermes isolées du Sud-Touraine, avec des affaires de moeurs ou de conflits patrimoniaux violents.

  • Le parricide du Petit-Pressigny (1953) : Bien que les faits se déroulent dans la commune voisine, cette affaire a profondément traumatisé tout le canton du Grand-Pressigny. Le 24 novembre 1953, Henri Coulon massacre son père à coups de marteau à la suite d'un différend familial sordide. Jugé par la cour d'assises d'Indre-et-Loire, le meurtrier est condamné à la peine de la perpétuité. [1, 2]

  • Les infanticides et avortements clandestins : Les archives du tribunal de Loches (dont dépendait le Grand-Pressigny) font état de plusieurs procès au tournant du XXe siècle pour « suppression d'enfants », des drames de la misère paysanne où des mères célibataires ou des faiseuses d'anges locales étaient lourdement condamnées aux travaux forcés.

4. Les affaires de contrebande de sel (Le faux-saunage)

Sous l'Ancien Régime, le crime le plus courant et le plus traqué au Grand-Pressigny n'était pas le meurtre, mais le faux-saunage (la contrebande de sel).

  • La Touraine était un pays de « grande gabelle » (où le sel était lourdement taxé), alors que les régions limitrophes comme le Poitou ou le Berry bénéficiaient de régimes fiscaux plus avantageux.

  • Le Grand-Pressigny, par sa position géographique, devint une plaque tournante pour les contrebandiers qui franchissaient clandestinement les rivières. Les agents de la gabelle (les gabelous) et les juges de la terre du Pressigny menaient une guerre judiciaire impitoyable contre ces réseaux, punissant les récidivistes des galères ou du fouet public.

Pour aborder avec rigueur le passé carcéral, les affaires judiciaires et l'histoire criminelle du Grand-Pressigny, il convient d'associer des repères institutionnels précis (notices) aux sources documentaires et travaux universitaires (bibliographie).


📑 Notices documentaires et historiques

L'histoire pénale du Grand-Pressigny est intrinsèquement liée à son statut de place forte et de siège de Haute Justice sous l'Ancien Régime, avant d'être rattachée au système judiciaire centralisé contemporain. [1]

1. Le Siège de Justice et le Bailliage du Grand-Pressigny

Jusqu'à la Révolution française, la baronnie du Grand-Pressigny jouissait des droits de Haute, Moyenne et Basse justice. [1, 2]

  • Le Champ de la Justice : Témoignage topographique persistant de l'application des peines corporelles et de la peine de mort, la commune possédait ses propres fourches patibulaires. Les archives identifient formellement un lieu-dit nommé le « Champ de la Justice », situé en périphérie immédiate du bourg, où avaient lieu les exécutions par pendaison. [1]

  • Le Droit de Gabelle et la répression pénale : Étant une zone frontalière assujettie à la grande gabelle, la juridiction du Pressigny réprimait sévèrement le faux-saunage (contrebande de sel). Les sentences se divisaient en amendes, peines de fouet public ou condamnation aux galères.

2. L'espace carcéral du Donjon

  • L'architecture du château fort intégrait la détention. La base du donjon médiéval abritait quatre salles basses voûtées dépourvues de lumière, faisant office de geôles seigneuriales et de cachots de sûreté pour les prévenus.

  • Lors de la saisie révolutionnaire des biens de la famille Gilbert de Voisins en 1789, ces structures judiciaires ont été démantelées. [1, 2]

3. La transition post-révolutionnaire

Après la suppression des justices seigneuriales en 1790, la commune devient un chef-lieu de canton doté d'une Justice de paix (traitant les litiges civils et la simple police). Pour le pénal, les affaires criminelles et les détentions sont transférées à l'échelon de l'arrondissement : au Tribunal de première instance de Loches et au sein de sa maison d'arrêt. [1, 2, 3, 4]


📚 Bibliographie sélective et sources d'archives

1. Ouvrages généraux et affaires criminelles locales

  • Marquet (Jean-Claude) et Verjux (Christian), Les grandes affaires criminelles de Touraine, Romagnat, Éditions De Borée, 2007.
    Un ouvrage grand public documentant les crimes de sang, parricides et affaires de moeurs notables ayant secoué le milieu rural du Sud-Touraine aux XIXe et XXe siècles.
    [1]

  • Collectif, Notes sur le Grand-Pressigny et ses environs, Tours, Imprimerie Ladevèze, 1863 (disponible sur Wikisource).
    Ce recueil historique fondamental compile les données sur l'étendue des fiefs, les droits de justice féodaux et la topographie pénale (le champ d'exécution).
    [1]

2. Sources d'archives publiques (Période Moderne et Contemporaine)

  • Série B (Cours et juridictions d'Ancien Régime) – Archives départementales d'Indre-et-Loire :
    Regroupe les sentences de la justice seigneuriale du Grand-Pressigny antérieures à 1789, les procédures civiles et les procès-verbaux d'arrestation des baillis.

  • Fonds du Tribunal de première instance de Loches (Série U : 1800-1958) – Archives départementales d'Indre-et-Loire :
    Essentiel pour retracer les affaires correctionnelles du canton du Grand-Pressigny, les jugements des délits forestiers, ainsi que les dossiers d'instruction pour infanticides ou avortements clandestins.

  • Série T (Papiers de la Terre de Pressigny) – Archives Nationales (Cote T//1-T//163) :
    Ce fonds contient les saisies de documents féodaux, notamment les déclarations et sentences rendues en la justice de Pressigny au XVIIIe siècle avant la confiscation des biens de la seigneurie.
    [1, 2]

Tag(s) : #Affaires criminelles, #Prisons anciennes, #Prisons actuelles - Évasions
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