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Dans le langage et l'histoire pénitentiaires, le terme droguet désigne l'uniforme officiel ou la tenue pénale que l'administration imposait aux détenus condamnés. [1, 2]

Par métonymie, le mot désigne à la fois le vêtement lui-même et le tissu grossier et bon marché utilisé pour sa confection. [1, 2]

🧵 L'origine textile du mot

À l'origine (du XVIe au XIXe siècle), le « droguet » est une étoffe très rustique, rêche et de qualité médiocre. Il s'agit généralement d'un mélange de laine de bas prix tricotée avec du fil de lin, de chanvre ou de coton. Ce tissu, à la fois lourd et rigide, était d'une couleur terne et peu salissante, oscillant souvent entre le gris et le marron. [1, 2, 3]

🏛️ Le rôle du droguet en prison (1791 - 1983)

Dès l'époque de la Révolution française (en 1791) et jusqu'à la fin du XXe siècle, la réglementation imposait que chaque détenu troque ses vêtements civils contre le « droguet » fourni par l'administration. Le port de cet uniforme répondait à plusieurs objectifs stricts de l'institution : [1, 2]

  • L'hygiène : Éviter l'introduction en cellule de parasites (poux, puces) et de maladies véhiculées par les vêtements des nouveaux arrivants. [1]

  • La sécurité : Repérer immédiatement les détenus en cas d'évasion et confisquer tout objet personnel dangereux (boucles de ceinture, cordons). [1, 2]

  • Le châtiment et la discipline : Effacer l'identité sociale et l'individualité du condamné sous une silhouette anonyme afin de le pousser à l'obéissance et à la docilité. [1, 2]

Selon les saisons et le sexe, le droguet prenait différentes formes, comme la « robe de droguet » grise portée en hiver par les femmes détenues. [1]

❌ La fin du droguet

Considéré au fil du temps comme profondément humiliant, infantilisant et néfaste pour la santé morale des prisonniers, le port obligatoire de la tenue pénale a été assoupli dans les années 1970. [1, 2]

C'est finalement une réforme historique en 1983 qui supprime définitivement le « droguet » en France. Depuis cette date, les détenus ont le droit de porter leurs propres vêtements civils en détention. [1, 2]

Voici une sélection bibliographique et de ressources documentaires concernant l'histoire du costume pénal des détenus, avec un éclairage particulier sur la spécificité des femmes détenues et l'évolution de cette pratique (supprimée en France en 1983). [1, 2]

📚 Ouvrages et études de référence

  • Artières, Philippe. Punir et vêtir. Histoire du costume pénal (XIXe-XXe siècle). Une étude incontournable sur la façon dont l'administration a habillé les corps incarcérés pour les discipliner et les sérier.

  • Carlier, Christian (avec la collab. de B. Koeppel et P.J. Delhomme). L'administration pénitentiaire et son personnel dans la France de l'entre-deux-guerres, Direction de l'administration pénitentiaire, 1989. (Utile pour le contexte institutionnel de l'entre-deux-guerres, période clé des mutations textiles en prison). [1]

  • Diebold, Christophe, Alonzo, Jean-François, et al. Histoire des uniformes de l'administration pénitentiaire, Énap. Bien que centré sur les surveillants, cet ouvrage analyse par contraste la codification de la « tenue pénale » portée par les détenus. [1, 2, 3]

📄 Articles et contributions thématiques

  • Artières, Philippe. « Le costume pénal », Sociétés & Représentations, 1996. Cet article retrace la fonction infamante, hygiénique, puis anti-évasion du vêtement de prison. [1]

  • Perrot, Michelle. Les Ombres de l’histoire. Crime et châtiment au XIXe siècle, Flammarion, 2001. L'historienne y consacre des pages lumineuses à la condition des femmes en prison (notamment à la prison de Saint-Lazare) et à l'effacement de leur féminité par les vêtements de bure ou de droguet. [1, 2]

🌐 Ressources numériques et notices muséales

  • Musée d'histoire de la justice (Criminocorpus) :

  • Centre de ressources d'histoire du droit et des institutions pénitentiaires (CRHCP / Énap) :

    • Consulter l'exposition et la frise historique en ligne sur L'histoire de la tenue pénale à l'Énap. On y trouve notamment les photographies d'époque prises par Henri Manuel dans les prisons de femmes (comme la centrale de Haguenau ou la prison de Fresnes) dans les années 1930.

Tag(s) : #Prisons actuelles - Évasions, #Prisons anciennes
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