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L'expression « l'affaire Dreyfus du pauvre » (ou « affaire Dreyfus du monde ouvrier ») désigne la terrible erreur judiciaire dont a été victime Jules Durand en 1910

 

Cette expression a été forgée à l'époque par de grandes figures dreyfusardes, notamment Jean Jaurès et Francis de Pressensé (président de la Ligue des droits de l'Homme), pour dénoncer une machination similaire à celle du capitaine Dreyfus, mais frappant cette fois un simple ouvrier en raison de son engagement social. [1, 2]
Les faits : la machination du Havre (1910)

  • Le contexte : En août 1910, Jules Durand, ouvrier charbonnier et secrétaire du syndicat des charbonniers du Havre, mène une grève dure contre l'extension du machinisme qui menace les emplois. [1, 2]
  • Le drame : Au cours de cette grève, une rixe éclate entre des ouvriers ivres et un chef d'équipe non-gréviste, Louis Dongé. Ce dernier décède des suites de ses blessures. [1, 2]
  • L'accusation : Bien qu'il n'ait absolument pas participé à la bagarre et n'ait pas été présent sur les lieux, Jules Durand est désigné par la Compagnie générale transatlantique et des témoins sous pression comme le « complice moral » du meurtre. On l'accuse d'avoir fait voter la mort du non-gréviste lors d'une réunion syndicale, ce qui s'avérera être une pure invention. [1, 2]
Le verdict et la mobilisation
Le 25 novembre 1910, au terme d'un procès expéditif mené devant la cour d'assises de Rouen avec un jury composé de notables et de rentiers, Jules Durand est condamné à la peine de mort par guillotine. [1, 2]
Cette condamnation provoque une indignation internationale et une immense campagne de protestation orchestrée par la CGT, la Ligue des droits de l'Homme et Jean Jaurès à travers le journal L'Humanité. Face à la pression populaire, sa peine est d'abord commuée en sept ans de prison par le président de la République. [1, 2]
Une issue tragique
Bien que la Cour de cassation l'ait totalement innocenté et réhabilité en 1918, le calvaire judiciaire brise définitivement l'homme. Sombrant dans la folie en raison des conditions de sa détention et de l'injustice subie, Jules Durand meurt interné à l'asile de Sotteville-lès-Rouen le 20 février 1926. [1, 2]
(Note : On associe parfois à cette expression les affaires contemporaines d'Albert Aernoult et d'Émile Rousset, deux autres figures de crimes judiciaires et de justice de classe à l'encontre de militants libertaires et antimilitaristes de la même époque). [1]

📚 Ouvrages de référence

  • Hédrich, Marc. L'Affaire Jules Durand. Quand l'erreur judiciaire devient crime (Préface de Henri Leclerc), Éditions Michalon, 2020. Écrit par un magistrat, cet ouvrage décortique avec précision les rouages et les défaillances de la machine judiciaire de l'époque. [1, 2]

  • Barzman, John et Castelain, Jean-Pierre. Jules Durand. Un crime social et judiciaire, L'Harmattan, 2015. Cet ouvrage croise les regards historiques et anthropologiques pour analyser la violence patronale et la mémoire ouvrière au Havre. [1, 2]

  • Marzelier, Christiane et Castelain, Jean-Pierre (éd.). Jules Durand. Lettres de prison septembre 1910-février 1911, L'Harmattan, 2018. Ce recueil rend directement accessibles les mots et la détresse de Jules Durand durant ses mois d'incarcération. [1, 2]

  • Association des Amis de Jules Durand. Jules Durand : une affaire Dreyfus au Havre (1910-1918), Éditions Syllepse, 2016. Un livre collectif préfacé par l'historien Gilles Manceron, idéal pour comprendre la mobilisation syndicale et politique. [1]

  • Rannou, Patrice. Dossier Jules Durand ; au nom du peuple français : condamné à mort en 1910, réhabilité en 1918, 2018. Une étude documentaire centrée sur les pièces officielles de la procédure.

📄 Articles scientifiques et notices de revues

  • Castelain, Jean-Pierre. « La réhabilitation judiciaire de Jules Durand : un combat contre l'oubli, pour la mémoire et la vérité », Histoire de la justice, n° 30, 2020. Cet article revient en détail sur la portée historique de l'arrêt de la Cour de cassation.

  • Revue L'Histoire. « Le Havre, 1910 : L'affaire Jules Durand », n° 541, mars 2026. Une synthèse récente et pédagogique replaçant l'événement dans l'histoire des luttes syndicales de la Belle Époque.

  • Ligue des droits de l'homme (LDH). La notice thématique « L'affaire Durand » détaille le rôle joué par René Coty (alors jeune avocat de Durand) et l'implication de la LDH dans la campagne de réhabilitation. [1, 2, 3, 4, 5, 6]

🌐 Sites officiels et ressources numériques

  • Le site officiel des Amis de Jules Durand : Géré par l'association éponyme, ce portail regroupe une mine d'or documentaire, des comptes rendus de colloques, des archives numérisées et une chronologie fine de la grève de 1910.

  • Le portail universitaire Univ-Droit : Propose les actes et le programme du grand colloque scientifique organisé pour le centenaire de sa réhabilitation en 1918, associant magistrats et historiens. [1, 2, 3]

Tag(s) : #Justice - Peine de mort - Expertises
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