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http://unpara.pagesperso-orange.fr/gazette/2007_10/genevieve.jpgAu plus fort de la tourmente, une grande agence de presse américaine lui avait proposé des milliers de dollars pour l’exclusivité de ses souvenirs : elle n’avait pas estimé nécessaire de répondre . Très peu pour Geneviève de Galard, "l’ange de Diên Biên Phu", l’idée de tirer la couverture à elle .

Même de longues années plus tard, à l’approche du cinquantième anniversaire de la bataille, il aura fallu les dons de persuasion de Laurent Beccaria, le jeune et talentueux éditeur d’Hélie de Saint Marc, pour qu’elle accepte à 78 ans de livrer l’histoire de ces 58 jours qui ont marqué sa vie entière . Une histoire racontée sans la moindre emphase, au plus près de la vie, de la souffrance .

En 1953, Geneviève, fille de la bonne aristocratie du Sud-Ouest, soucieuse de se montrer digne de sa lignée et d’un père disparu quand elle avait neuf ans, intègre le corps des convoyeuses de l’air. Basée à Hanoï au Tonkin, elle reçoit mission le 28 mars 1954 de se poser une fois encore à Diên Biên Phu cernée par le vietminh, afin d’évacuer les blessés vers l’arrière. Son avion ne repartira jamais. A 29 ans, Geneviève se retrouve prisonnière, la seule femme à partager le sort des 15 000 soldats de l’armée française pris dans la nasse de cette sinistre cuvette.

Affectée à l’antenne médicale centrale, la petite infirmière aux yeux clairs et au visage rond parsemé de taches de rousseur a en charge les blessés graves à leur sortie de la salle de réanimation. Certains forcent son admiration comme ce jeune légionnaire triple amputé qui trouve encore le moyen de plaisanter. Pour eux tous, Geneviève est " un peu la mère, un peu la sœur, un peu l’amie", sa seule présence rend moins inhumain ce enfer de feu, de boue et de sang. Lors des rares accalmies, elle fait la tournée des popotes, casque sur la tête, vêtue d’une tenue camouflée qu’elle a remise à sa taille avec une aiguille chirurgicale et du catgut, une manière de faire le lien entre le monde combattant et celui des blessés. Le soir, elle ouvre un brancard par terre dans l’espoir de grappiller quelques heures de sommeil. Mais sa place, elle ne la céderait à personne . La peur ? Pas le temps ! L’angoisse de la mort ? Sa foi chrétienne la protège." A suscité l’admiration de tous par son courage tranquille et son dévouement souriant ", précise la citation accompagnant la Légion d’Honneur et la Croix de guerre qui lui sont remises fin avril par le général de Castries qui commande le camp retranché .

Après la chute du camp, le 7 mai 1954, elle restera près de trois semaines à soigner ses chers blessés, démunie de tout, de pansements, de médicaments, avant d’être libérée . A sa descente d’avion à Hanoï, les flashs crépitent . Geneviève de Galard, promue star d’une guerre mal-aimée, jouit en France d’une incroyable popularité . Elle sera même accueillie deux mois plus tard comme une héroïne par le Président des États-Unis, le Général Eisenhower, applaudie au Congrès américain, fêtée sur Broadway au cours d’une parade triomphale suivie par 250 000 New-Yorkais . "Vous ne pouvez plus vous permettre d’être une femme comme les autres ", lui avait écrit Hélie de Saint Marc après Diên Biên Phu : il ne faudra pas longtemps à Geneviève pour comprendre qu’elle peut vivre cette haute exigence dans les actes les plus simples de la vie . En continuant à assurer ses convoyages en Algérie et en Indochine . En reprenant, après la fin de son contrat avec l’Armée de l’Air, son métier d’infirmière auprès de grands invalides de guerre . En épousant la vie nomade du capitaine Jean de Heaulme, un lointain cousin rencontré en Indochine, dont elle aura trois enfants . En oeuvrant enfin pendant 18 ans comme adjointe au maire du 17ème arrondissement de Paris : " J’ai essayé de vivre cette vie sans jamais trahir le passé", dit seulement Geneviève la discrète, toujours agacée qu’on la prenne pour une sorte de Jeanne d’Arc des rizières . Pour un peu, elle s’en voudrait d’avoir souri en lisant cette lettre de sa mère, datée d’Avril 1954 : " Au fond, je ne suis pas mécontente que tu sois à Dien Bien Phu ; au moins, tu ne risques plus d’accident d’avion "…

Guillemette de Sairigné - Un extrait de ce portrait a été publié dans le Figaro Madame (septembre 2003)

 

Tag(s) : #Femmes dans les guerres
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