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Livre : La Princesse au petit moi : le tokay nouveau est arrivée

Cette année encore Jean Christophe Rufin est fidèle à son rendez-vous annuel avec Aurel le Consul, son personnage fétiche, aussi subtil que farfelu diplomate, mais un détective hors pair dont il nous dévoile les exploits et aventures depuis 2018, l’année de sa première apparition dans Le suspendu de Conakry-Les Enigmes d’Aurel le Consul publié par Flammarion. En poste en Guinée, notre justicier diplomate végète, souffrant de la chaleur, jusqu’au jour où il est mis face à l’assassinat d’un plaisancier, retrouvé mort, suspendu au mât de son voilier, assassinat qui menace de rester impuni.

Un nouveau héros récurrent du polar est ainsi né. Il se nomme Aurel Timescu. C’est un consul adjoint, mais bien piètre diplomate. Il n’a pas d’ambition professionnelle, être placardisé ne lui déplait pas, même au fond de l’Afrique, lui qui déteste la chaleur, car il adore ne rien faire, sauf boire du tokay et jouer du piano en composant des opéras. Avec son costume trois pièces modèle années trente, même sous le soleil africain, sa conception de l’élégance, un accent roumain, sa gaucherie et un refus obstiné des techniques du monde moderne, il ne s’intéresse qu’à une chose, passionnément : résoudre un crime inexpliqué et livrer un combat à l’injustice.

Ce premier roman policier dans la carrière littéraire de Jean-Christophe Rufin, écrivain, médecin et diplomate, membre de l’Académie Française, fut un coup de maître : la même année il a reçu le prix Arsène Lupin de la littérature policière et a été réédité par Gallimard dans la collection Folio.

Je vous en ai parlé pour la première fois en 2019, lors de la parution de la deuxième enquête d’Aurel, à Maputo , la capitale de Mozambique, qui avait pour titre Les trois femmes du Consul, où il devait élucider le meurtre d’un vieil expatrié, propriétaire d'un hôtel de Maputo, connu pour son caractère exécrable et son goût immodéré pour le whisky et les femmes, retrouvé mort, noyé au fond de sa piscine. Aurel allait à nouveau briller par son redoutable intuition, son désir de réparer l’injustice et d’innocenter une des femmes de l’entourage de la victime, soupçonnée à tort. Quitte à frôler la crise diplomatique.

L’année dernière je vous ai présenté l’opus 2020 de l’écrivain, Le flambeur de la Caspienne, dans lequel, après la Guinée et le Mozambique, notre Consul se retrouve nommé, à sa grande surprise, à Bakou, la capitale de l’ancienne république soviétique de l’Azerbaïdjan. Enfin loin des tropiques dont il déteste la chaleur, il pense pouvoir y couler des jours heureux. Aurel trouve l’ambassade en deuil : l’épouse de l’ambassadeur vient de mourir, victime d’une chute mortelle des murailles d'une forteresse. On a conclut à un accident. Mais une photo de Madame l’Ambassadrice dont la beauté fascine et trouble Aurel et dont le regard douloureux semble l’appeler et lui implorer justice, sème le doute dans son esprit. Son enquête s’apparentera à une véritable affaire d’Etat et le plongera dans la nuit de Bakou, la mafia locale et les coulisses obscures de contrats internationaux.

Le millésime 2021 de l’écrivain, La princesse au petit moi, qui vient d’être publié toujours par Flammarion, a cette fois-ci pour décor une principauté imaginaire nichée dans les Alpes, un mini Etat situé entre l’Allemagne, la Suisse et l'Autriche.

Nous retrouvons notre Consul savourant un moment de juste repos, sur les terrasses parisiennes, entre deux missions exotiques, dans l’attente d’une nouvelle affectation. Ce sursis idyllique est interrompu par la visite d'un émissaire de la Principauté de Starkenbach et une invitation, financièrement fort alléchante, à s’y rendre illico presto. Le Prince Rupert a en effet entendu parler des talents d'enquêteur d’Aurel et compte sur son aide pour retrouver discrètement son épouse, la Princesse Hilda, souveraine en titre de la Principauté, mystérieusement disparue.

Une fois arrivé, impressionné la forteresse de Starkenbach et le faste de son quartier dans le palais, tout comme par le prince Rubert lui-même, ignorant tout du protocole et commettant à tout bout de champs de savoureuses gaffes et maladresses, Aurel finit par se sentir à l’aise dans cet univers aristocratique. Quelques verres de Tokay après, alléché par le montant des honoraires à la clé de l’enquête, il accepte la mission, périlleuse, mais so chic. Il se lance dans une traque pleine de rebondissements. Sa nouvelle aventure, où l’humour et le comique de situations se mêlent à intrigue, le fera passer de la Principauté à Paris, puis en Corse. Chemin faisant, il y trouve des périls et risques de tout genre, des mercenaires, des escrocs, une galerie de têtes couronnées, des familles à blason, des enfants soldats. Il finira par retrouver la princesse Hilda dans un village corse, avec l’aide cette fois-ci de son acolyte Shanya. Aurel devine que Hilda est une une femme politique qui ne veut plus gouverner, qui aspire à vivre autrement, pleinement. Mais l’intrigue policière est loin d’être finie pour autant. Et Aurel confirme, une fois encore, qu’à défaut d’être un fin diplomate il demeure un fin limier. Un millésimé 2021 royal.

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En collaboration avec Philippe Poisson, Krystyna rédige régulièrement et officiellement une critique de littérature policière RUBRIQUE OEIL EN ÉVEIL sur le discret Culture et justice

Tag(s) : #ŒIL EN EVEIL – REVUE CULTURELLE
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