Overblog Tous les blogs Top blogs Emploi, Enseignement & Etudes Tous les blogs Emploi, Enseignement & Etudes
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L’évolution historique de la gendarmerie d’Astaffort s’inscrit dans un processus de militarisation et de sédentarisation du maintien de l'ordre en milieu rural, marqué de façon très singulière par l'occupation prolongée d'un joyau du patrimoine religieux local : l'ancien couvent des Clarisses.


1. La Maréchaussée et la transition révolutionnaire (XVIIIe siècle)

Avant la création de la gendarmerie moderne, la surveillance des routes du sud de l'Agenais et des confins du Gers est assurée par la Maréchaussée royale.

  • En raison de sa position sur l'axe reliant Agen à Lectoure, le secteur d'Astaffort fait l'objet de patrouilles régulières de la brigade de la maréchaussée d'Agen.

  • En 1791, la Révolution française nationalise cette force qui prend le nom de Gendarmerie nationale. Le découpage cantonal qui suit place Astaffort comme un pôle de surveillance stratégique face au département voisin du Gers.

2. L’installation dans le couvent des Clarisses (XIXe siècle)

C'est au XIXe siècle que la gendarmerie d'Astaffort acquiert son ancrage immobilier le plus célèbre.

  • La confiscation des biens cléricaux : Fondé en 1642, le couvent des Clarisses d'Astaffort est saisi comme bien national à la Révolution.

  • La caserne à cheval : Sous le Second Empire et la Troisième République, l'État réaffecte une grande partie des bâtiments du couvent pour y installer la brigade de gendarmerie à cheval.

  • Les aménagements : Le site est profondément transformé : les anciennes cellules des religieuses sont converties en logements de fonction pour les gendarmes et leurs familles, le cloître accueille les montures, et des geôles de rétention temporaire (cellules de sûreté) sont aménagées au rez-de-chaussée pour interner les vagabonds et criminels de droit commun.

3. La gendarmerie face à l'Occupation et à la Milice (1940-1944)

Durant la Seconde Guerre mondiale, l'histoire de la brigade d'Astaffort est bousculée par la politique répressive du régime de Vichy et l'occupation allemande.

  • Les gendarmes locaux doivent composer avec la présence agressive de la Milice française.

  • Lors de la tragique journée du 13 juin 1944, lorsque les miliciens investissent Astaffort pour arrêter arbitrairement des notables (conduisant au massacre du Pont Neuf), la brigade locale se retrouve impuissante, totalement court-circuitée par les forces collaborationnistes et l'occupant.

4. Mutation vers la brigade motorisée et fermeture (XXe siècle)

L'après-guerre sonne le glas des brigades hippomobiles au profit de la modernisation automobile.

  • La motorisation : Les chevaux quittent définitivement l'ancien couvent d'Astaffort, remplacés par des liaisons motorisées. La brigade adapte ses locaux historiques pour y intégrer des garages et un secrétariat moderne.

  • Le départ du couvent : Devenus trop vétustes, étroits et inadaptés aux normes de confort du XXe siècle, les locaux du couvent des Clarisses sont abandonnés par les militaires. La gendarmerie déménage pour s'installer dans des locaux plus fonctionnels de la commune.

  • La dissolution de la brigade : Dans le cadre des plans successifs de restructuration de la gendarmerie nationale visant à regrouper les effectifs dans les chefs-lieux les plus importants, la brigade d'Astaffort est finalement dissoute.

5. La situation contemporaine (XXIe siècle)

Aujourd'hui, Astaffort ne dispose plus d'une brigade de gendarmerie autonome intra-muros.

  • Le rattachement : La sécurité de la commune est entièrement prise en compte par la communauté de brigades (COB) de Laplume (ou la brigade de Layrac selon les redécoupages de la compagnie d'Agen), qui assure des patrouilles régulières et la gestion de la délinquance de proximité sur le secteur.

  • Le patrimoine : L'ancien couvent des Clarisses, quant à lui, a été réhabilité. Les anciennes écuries de la gendarmerie et les bâtiments conventuels ont entamé une nouvelle vie culturelle et associative, abritant notamment le centre de loisirs et des espaces gérés par l'association de l'enfant du pays, Francis Cabrel (Voix du Sud).

Au XIXe siècle, la vie des gendarmes au sein de l’ancien couvent des Clarisses d’Astaffort (fondé en 1624) illustre parfaitement le quotidien des brigades de campagne de l'époque. Cette cohabitation forcée entre une architecture monacale et les exigences d'une unité militaire à cheval imposait un mode de vie rude, rigide et très communautaire. [1]

Les conditions de vie de ces militaires s'articulaient autour de plusieurs réalités matérielles et réglementaires bien précises :

1. Des cellules religieuses converties en logements étroits

L'ancien logis qui accueillait autrefois une vingtaine de religieuses cloîtrées a été fractionné par l'État pour loger les gendarmes et leurs familles. [1]

  • L’obligation de logement en caserne : Pour garantir leur disponibilité permanente (24h/24), les gendarmes devaient obligatoirement vivre sur place avec leur épouse et leurs enfants.

  • L’inconfort thermique et l'humidité : Les bâtiments du XVIIe siècle, vastes et dotés de très hauts plafonds, étaient extrêmement difficiles à chauffer en hiver. L'entretien et le chauffage de ces pièces étaient à la charge exclusive des gendarmes, qui grevaient une grande partie de leur modeste solde dans l'achat de bois de chauffage. [1]

2. Le cloître et les écuries : L'omniprésence du cheval

S'agissant d'une brigade à cheval (qui redevient temporairement un poste de brigadier à la fin des années 1887), la vie des hommes tournait entièrement autour de leurs montures. [1]

  • La transformation des lieux : Le petit cloître et les cours intérieures du couvent ont été réaménagés pour abriter les boxes des chevaux, les selleries et le stockage du foin.

  • La charge financière des montures : Au XIXe siècle, le cheval était la propriété personnelle du gendarme. C’était au militaire de veiller à son alimentation et à ses soins.

  • Une coutume de l'époque permettait toutefois aux sous-officiers et gendarmes d'arrondir leurs fins de mois en vendant le fumier des chevaux à la paysannerie d'Astaffort. L'argent récolté servait réglementairement à financer l'éclairage à la bougie ou au pétrole de l'écurie et à acheter le matériel de nettoyage (balais, fourches). [1]

3. Une vie privée sous surveillance stricte

Vivre dans l'enceinte de l'ancien couvent signifiait accepter un contrôle social et hiérarchique permanent de la part du chef de brigade (le maréchal des logis). [1]

  • Le contrôle des mariages : Un gendarme d'Astaffort ne pouvait pas se marier librement. Il devait obtenir l'autorisation écrite du ministre de la Guerre. La future épouse faisait l'objet d'une enquête de moralité rigoureuse par les services de police, et sa dot devait être jugée suffisante pour assurer le statut du ménage.

  • L'interdiction des sorties : Les portes du couvent fermaient à heure fixe le soir. Les familles vivaient en vase clos, et les dérapages de la vie privée (disputes familiales, dettes contractées auprès des commerçants du village) étaient immédiatement sus et sanctionnés.

4. L'aménagement des geôles civiles

En tant que caserne de gendarmerie, le bâtiment devait assurer la détention provisoire. Certaines salles voûtées du rez-de-chaussée du couvent ont été équipées de portes renforcées et de barreaux pour servir de cellules de sûreté. Les gendarmes y surveillaient à tour de rôle les personnes arrêtées (vagabonds, voleurs de bétail, auteurs de rixes lors des foires locales) dans des conditions d'hygiène très spartiates (absence de chauffage, paillasse au sol), avant leur transfert à pied ou en voiture à cheval vers Agen.

En somme, habiter le couvent des Clarisses au XIXe siècle n'avait rien d'un privilège patrimonial : c'était un cadre de vie austère, rythmé par le pas des chevaux, les patrouilles obligatoires par tous les temps sur les routes du Lot-et-Garonne, et une discipline militaire de fer.

Sous le Second Empire (1852-1870) et la Troisième République (1870-1940), les gendarmes de la brigade à cheval d'Astaffort portaient un équipement et un uniforme qui incarnaient l'ordre républicain ou impérial dans les campagnes du Lot-et-Garonne. Durant cette période, la silhouette du gendarme s'est modernisée, passant du faste napoléonien à une sobriété militaire plus fonctionnelle.


1. L’Uniforme : Du prestige impérial à la rigueur républicaine

Sous le Second Empire (La Gendarmerie Impériale)

Sous Napoléon III, l'uniforme cherche à impressionner la population par des codes esthétiques très rigides :

  • L’habit : Il s'agit d'une vareuse en drap épais de couleur bleu de roi fermant droit. Le collet (le col) et les parements de manches comportent des broderies blanches en forme de grenades enflammées à douze flammes. Les retroussis au dos de la veste sont de couleur écarlate (rouge vif). [1, 2] - 

    (Uniforme Second Empire – Gendarmerie Impériale – François Hippolyte Lalaisse – Uniforme de L’armée Française – Napoléon III – 1853 – Légion Départementale François Hippolyte Delalaisse alias Lalaisse, né le à Nancy et mort le dans le 6e arrondissement de Paris, est un peintre et illustrateur français.)

  • Les trèfles et l'aiguillette : Signes distinctifs de la gendarmerie au sein de l'armée, le gendarme à cheval porte sur l'épaule gauche un « trèfle » (une épaulette tressée en fil blanc/argent) et une aiguillette blanche qui traverse la poitrine.

  • La coiffure : Le fameux chapeau de gendarme (le bicorne) est obligatoire pour le service d'honneur ou les marchés à la halle d'Astaffort. Porté « en colonne » (parallèle aux épaules), il est orné d'une ganse blanche et d'une cocarde. Pour les patrouilles ordinaires, les hommes utilisent le bonnet de police (calot) modèle 1857. [1, 2, 3, 4, 5]

  • La culotte : Un pantalon en cuir de laine bleu clair (dit bleu gendarme) renforcé à l'entrejambe pour monter à cheval, complété par des bottes à l'écuyère en cuir noir avec éperons. [1]

Sous la Troisième République (La Belle Époque)

Après la chute de l'Empire en 1870, la République conserve les grandes lignes de la tenue mais supprime les symboles impériaux (comme l'aigle sur les boutons). Une transition majeure s'opère au tournant du siècle : [1]

  • La fin du bicorne (1904) : Jugé archaïque et inconfortable à cheval, le bicorne est définitivement supprimé en mars 1904. Il est remplacé par le képi de drap bleu de roi (modèle 1888 puis 1904), orné d'une grenade argentée sur le devant et d'une fausse jugulaire.

  • La culotte « garance » ou bleu foncé : Le pantalon s'assombrit pour devenir bleu foncé, parfois accompagné d'un passepoil rouge le long de la couture extérieure.

  • La moustache obligatoire : Élément indissociable du visage du gendarme de la Belle Époque, le règlement militaire impose le port de la moustache à tous les effectifs, symbole de virilité et d'autorité. [1, 2]


2. L’Armement : La puissance et la dissuasion

L'armement du gendarme à cheval d'Astaffort devait lui permettre de faire face aux rixes de foires, aux arrestations de rôdeurs, ou d'intervenir en cas de révolte agraire.

  • Le Sabre d’arme montée (Le fleuret de Pandore) : C'est l'arme symbolique du cavalier. Sous le Second Empire et le début de la IIIe République, ils sont équipés du sabre de cavalerie modèle 1822 (dit « bancal » à lame courbe) ou du puissant sabre modèle 1854 à lame droite. Porté au ceinturon à gauche, il est utilisé pour impressionner les foules lors des services d'ordre ou pour charger si la situation dégénère. [1]

  • La Carabine de Gendarmerie à cheval : Pour le tir à distance, le gendarme à cheval emporte une arme d'épaule plus courte que le fusil de l'infanterie pour ne pas gêner la monte. Au fil du temps, la brigade d'Astaffort a vu son armement évoluer techniquement :

    • Années 1850-1860 : Mousqueton à percussion à tabatière (chargement par la culasse).

    • Années 1870-1880 : La célèbre carabine Gras modèle 1874 pour gendarmerie à cheval. Elle tire une cartouche métallique unique et possède une baïonnette spécifique à douille et lame cruciforme.

    • Fin XIXe - Début XXe siècle : Le mousqueton Berthier modèle 1892 à répétition (boîtier de 3 cartouches), une arme moderne et compacte. [1]

  • Le Pistolet de ceinture / Révolver : Porté à droite dans un étui en cuir (giberne), le gendarme dispose d'une arme de poing pour le corps-à-corps. Sous l'Empire, il s'agit de pistolets à percussion, remplacés sous la IIIe République par le robuste révolver d'ordonnance modèle 1873 ou modèle 1892 en calibre 8 mm, réputé inusable.

Ce paquetage lourd (plus de 25 kg d'équipement avec les munitions, les fers de rechange pour le cheval et le manteau de cavalerie roulé sur le dos de la selle) composait le quotidien des militaires d'Astaffort lorsqu'ils franchissaient les portes de l'ancien couvent pour patrouiller.

 

 

Pour comprendre précisément la manière dont les crimes et délits ont été consignés à Astaffort, il faut apporter une clarification institutionnelle majeure : la gendarmerie nationale n'existait ni au Moyen Âge, ni pendant la majeure partie de l'Ancien Régime. Les faits divers n'ont donc pas été « répertoriés » par les gendarmes à ces époques, mais par les institutions de justice qui se sont succédé dans le bourg. [1]

L'historique des faits répertoriés s'articule ainsi selon les institutions de contrôle de chaque époque :


1. Au Moyen Âge : Les registres des Consuls (Pas de gendarmerie)

Durant l'époque médiévale, la sécurité et la constatation des crimes à Astaffort relèvent de la juridiction consulaire établie par la charte des coutumes de 1304.

  • L'ancêtre de la police : Ce sont les bayles (sergents seigneuriaux ou municipaux) qui parcourent le bourg castral pour arrêter les criminels en flagrant délit. [1]

  • Les faits répertoriés : Les infractions consignées dans les registres municipaux concernent en priorité le vol de bétail (bœufs, porcs), les fraudes sur les poids et mesures lors des marchés de la halle, et les crimes de sang (meurtres, viols) commis dans les faubourgs par des routiers ou des brigands, particulièrement instables durant la guerre de Cent Ans. Les peines capitales (pendaison) étaient exécutées sur les fourches patibulaires de la communauté. [1, 2]

2. Sous l'Ancien Régime : Les procès de la Maréchaussée et des Juges fiscaux

C'est à cette période que se structure l'ancêtre direct de la gendarmerie : la Maréchaussée. Les cavaliers de la maréchaussée d'Agen ou de Condom effectuaient des tournées à Astaffort, verbalisant les crimes commis sur les grands chemins.

  • Les faits répertoriés : Le greffe de la justice d'Astaffort et les appels introduits devant la Sénéchaussée criminelle de Condom conservent les traces de délits spécifiques :

    • Les violences de foires : Rixes à coups de bâton ou de dague entre marchands ou paysans à la suite de transactions contestées ou d'ivresse.

    • Le braconnage armé : Les braconniers arrêtés par les gardes du seigneur sur les terres de la juridiction.

    • Les délits de mœurs et blasphèmes : Injures publiques, outrages aux bonnes mœurs et non-respect des fêtes religieuses obligatoires, sévèrement réprimés sous l'autorité des procureurs fiscaux.

3. L'Époque Contemporaine : Les procès-verbaux de la Brigade d'Astaffort (XIXe - XXe siècles)

L'installation de la brigade de gendarmerie à cheval au sein de l'ancien couvent des Clarisses au XIXe siècle marque le début du fichage systématique des faits divers modernes, répertoriés dans les registres d'échevinage et les registres d'écrou.

  • L'assassinat par Joseph Barada (XIXe siècle) : C'est le crime de sang de droit commun le plus retentissant de l'histoire locale. Ce tonnelier d'Astaffort commet un meurtre prémédité qui terrifie le bourg. L'enquête, les constatations de la gendarmerie et l'arrestation de l'artisan alimentent un procès retentissant devant la Cour d'assises de Lot-et-Garonne.

  • Les procès-verbaux de la délinquance rurale (XIXe - début XXe) : Au quotidien, la gendarmerie d'Astaffort répertorie le vagabondage (les « rôdeurs de chemins »), les vols de récoltes, l'ivresse publique manifeste les jours de foire, et les accidents de circulation impliquant des charrettes hippomobiles.

  • La répression politique sous l'Occupation (13 juin 1944) : Durant cette période trouble, la gendarmerie locale est supplantée par la criminalité d'État de la Milice française. Les miliciens procèdent à l'arrestation politique de plusieurs notables d'Astaffort (dont le receveur des Postes et l'huissier-greffier), débouchant sur l'embuscade meurtrière du Pont Neuf où les otages sont massacrés.

4. L'Époque Récente (XXIe siècle)

Depuis la dissolution de la brigade locale d'Astaffort, les faits criminels et correctionnels du secteur sont répertoriés par les brigades rattachées à la compagnie d'Agen (Laplume ou Layrac) :

  • Le crime de la Saint-Sylvestre (2022) : Une violente altercation se solde par un coup de couteau à la gorge en plein centre-bourg, nécessitant l'intervention urgente des gendarmes pour tentative de meurtre.

  • L'incendie criminel post-cambriolage (2013) : Un voleur cambriole une habitation d'Astaffort et y met volontairement le feu pour effacer ses empreintes, entraînant sa condamnation à trois ans de prison par le tribunal d'Agen.

  • L'agression du match de football (septembre 2026) : Une rixe collective et un passage à tabac à la sortie des vestiaires après une rencontre de district (OS Astaffort contre FC Lamontjoie) font l'objet d'une enquête pour violences aggravées avec renvoi des prévenus devant la justice correctionnelle.

Tag(s) : #Affaires criminelles, #Guerre 1939 -1945 - Vichy, #Police - Gendarmerie - Femmes, #Régions - Histoire
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :