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Le passé judiciaire et carcéral d'Astaffort, commune du sud du Lot-et-Garonne aux portes du Gers, reflète l'histoire d'un bourg castral fortifié qui, de la féodalité au XXe siècle, a exercé des fonctions de souveraineté locale et de maintien de l'ordre à son échelle. [1]

Bien que la ville dépende aujourd'hui du pôle judiciaire d'Agen, son histoire recèle des structures judiciaires et répressives bien ancrées.


1. Moyen Âge et Ancien Régime : La juridiction consulaire

Dès le Moyen Âge, la structuration d'Astaffort autour du château du Mous (XIIe siècle) s'accompagne de l'affirmation d'un pouvoir local fort. [1]

  • L'émancipation des coutumes (1304) : En 1304, l'octroi des coutumes municipales permet aux habitants de s'émanciper de l'autorité seigneuriale. Le pouvoir de justice de proximité est alors confié à trois consuls et douze jurats, élus par les notables pour administrer la cité et régler les délits du quotidien (vols, fraudes professionnelles, querelles de voisinage). [1]

  • Le ressort de Condom et Bordeaux : Contrairement à la majeure partie du Lot-et-Garonne actuel, la juridiction consulaire d'Astaffort dépendait historiquement, à partir de 1462, de la sénéchaussée de Condom (dans le Gers) et du Parlement de Bordeaux pour les appels criminels les plus graves. Son autorité s'étendait également sur plusieurs paroisses et cures voisines comme Barbonvielle ou Parays. [1]

2. Le couvent des Clarisses : De la foi à la Gendarmerie (XIXe - XXe siècles)

L'histoire d'Astaffort témoigne d'une reconversion patrimoniale fréquente dans l'histoire carcérale et policière française : la réutilisation des bâtiments religieux saisis à la Révolution.

  • Le couvent de 1642 : Fondé au XVIIe siècle, le couvent des Clarisses abritait une communauté religieuse.

  • La caserne et ses geôles : Au XIXe siècle, les bâtiments sont réaffectés pour devenir la caserne de gendarmerie d'Astaffort. C'est dans ces locaux que se situait le seul passé carcéral strict intra-muros de la commune, sous la forme de cellules de sûreté et de geôles de rétention temporaire. Les gendarmes y enfermaient les suspects de droit commun et les vagabonds avant leur présentation devant le juge de paix ou leur transfert vers la grande prison départementale d'Agen. La gendarmerie quittera finalement l'ancien couvent au cours du XXe siècle. [1, 2, 3]

3. Justice de paix et découpage moderne

Au XIXe siècle et jusqu'au milieu du XXe siècle, Astaffort bénéficie de son statut de chef-lieu de canton pour conserver une activité judiciaire de proximité. [1, 2]

  • Le Tribunal de Paix : La commune accueille un juge de paix, magistrat chargé de résoudre les petits litiges civils, les affaires de simple police et d'assurer les conciliations entre citoyens. Les audiences se tenaient généralement dans un espace dédié de la mairie (reconstruite en 1904).

  • Les affaires criminelles ou correctionnelles plus lourdes étaient quant à elles directement renvoyées devant le tribunal d'Agen. [1, 2]

4. La tragédie judiciaire et policière sous l'Occupation (13 juin 1944)

Le moment le plus sombre et marquant de l'histoire sécuritaire d'Astaffort ne relève pas de la criminalité ordinaire, mais de la justice d'exception et de la répression sous le régime de Vichy.

  • Le 13 juin 1944, à la suite d'actions de la Résistance, la Milice française investit le bourg et procède à l'arrestation politique de plusieurs notables et figures locales (dont l'ancien instituteur Jean Saubestre, le receveur des Postes André Molinier, et l'huissier-greffier Marc Labarthe-Vacquier). [1]

  • Conduits sous escorte armée pour être incarcérés à Agen, le convoi milicien tombe dans une embuscade tendue par le maquis au lieu-dit Pont Neuf. Lors de la fusillade, les miliciens utilisent les otages comme boucliers humains, entraînant la mort d'André Molinier et de lourdes blessures pour les autres prisonniers astaffortais. [1, 2]

Aujourd'hui, Astaffort présente un visage judiciaire particulièrement apaisé, affichant un taux d'infractions et d'atteintes aux biens ou aux personnes parmi les plus bas du département. [1]

L'histoire criminelle et judiciaire d'Astaffort s'étend sur plusieurs siècles, alternant entre des faits divers de droit commun, des tragédies de guerre et une affaire d'assassinat historique qui a marqué les mémoires locales. [1]


1. L'affaire historique : Joseph Barada, « le tonnelier assassin » (XIXe siècle)

C'est l'affaire criminelle la plus célèbre de l'histoire d'Astaffort, au point de figurer en bonne place dans les anthologies judiciaires du département comme Les Grandes Affaires Criminelles de Lot-et-Garonne. [1]

  • Les faits : Au XIXe siècle, Joseph Barada, artisan tonnelier établi à Astaffort, commet un assassinat qui glace d'effroi la population locale. La préméditation et la violence du geste mènent l'artisan directement devant la Cour d'assises d'Agen. Ce fait divers tragique marquera durablement la mémoire collective du canton par le contraste entre la respectabilité de la profession de l'accusé et l'horreur de son crime. [1, 2, 3]

2. Le drame historique et la barbarie de la Milice (13 juin 1944)

Sous l'Occupation, Astaffort est le théâtre d'un drame sanglant relevant des crimes de guerre commis par la Milice française. [1, 2]

  • L'arrestation des otages : En représailles à des actions de sabotage menées par les maquisards, la Milice investit le bourg et arrête arbitrairement plusieurs notables (le receveur des Postes André Molinier, l'huissier-greffier Marc Labarthe-Vacquier, le commerçant Armand Dupin, l'instituteur Jean Saubestre). [1]

  • L'embuscade du Pont Neuf : Lors de leur transfert forcé vers Agen, le convoi milicien est pris dans une embuscade de la Résistance au lieu-dit Pont Neuf. Les miliciens utilisent alors l'huissier, le commerçant et les autres otages comme boucliers humains face aux balles, provoquant la mort d'Armand Dupin et marquant la page la plus sombre du passé sécuritaire de la commune. [1, 2]

3. Chroniques criminelles contemporaines et récentes

Bien que paisible, la commune d'Astaffort a connu des secousses judiciaires plus récentes, traitées par le Tribunal correctionnel ou la Cour d'assises d'Agen. [1]

  • Le coup de couteau de la Saint-Sylvestre (2022) : Une affaire de tentative d'homicide a secoué le village lors du réveillon du 31 décembre 2022. À quelques mètres de la place centrale de la commune, une violente altercation éclate au cours de laquelle un homme d'une cinquantaine d'années porte un coup de couteau à la gorge d'un autre individu, entraînant son interpellation immédiate pour tentative de meurtre. [1]

  • Le coup de feu « pour faire peur » après un déjeuner arrosé (2024) : En août 2024, une dispute stupide a failli tourner au drame d'assises. À la suite d'un repas de famille fortement alcoolisé, deux habitants d'Astaffort en viennent aux mains. L'un d'eux saisit un fusil de chasse et fait feu « pour effrayer » son opposant, manquant de le blesser grièvement. Jugés en comparution immédiate au tribunal d'Agen, les deux protagonistes ont été condamnés à des peines de prison. [1]

  • Cambriolage et destruction par incendie (2013) : En octobre 2013, la cour d'Agen a lourdement condamné un jeune majeur originaire d'Astaffort. Après s'être introduit dans une maison d'habitation pour la piller, le malfaiteur avait volontairement mis le feu à la propriété pour effacer ses empreintes, réduisant la bâtisse en cendres. Il a écopé de trois ans de prison ferme. [1]

  • Les violences du match de football (septembre 2026) : L'actualité judiciaire récente a été marquée par une violente agression survenue en marge d'un match de football de District 3 opposant l'équipe locale d'Astaffort au FC Lamontjoie. À la sortie des vestiaires, plusieurs joueurs visiteurs ont été passés à tabac par des spectateurs locaux. L'enquête de gendarmerie a débouché sur de nombreuses plaintes et le renvoi de cinq prévenus devant le tribunal correctionnel d'Agen. [1, 2]

Voici la notice historique synthétique regroupant les institutions judiciaires et répressives d'Astaffort, suivie d'une bibliographie de référence pour approfondir l'étude de l'histoire pénale et des faits criminels de la commune.


I. Notice thématique : Justice et Prison à Astaffort

  • Période médiévale et d'Ancien Régime : La juridiction consulaire
    La charte des coutumes accordée à Astaffort en 1304 confie le pouvoir de basse et moyenne justice à un corps de trois consuls et douze jurats. Ce tribunal échevin d'Ancien Régime arbitre les délits ruraux et les fraudes commerciales. Géographiquement rattaché au duché d'Albret, Astaffort dépend à partir de 1462 de la sénéchaussée criminelle de Condom (Gers) et du Parlement de Bordeaux pour les appels de Haute Justice (crimes de sang). Les peines capitales (pendaison) se déroulaient aux limites du bourg féodal.

  • Le XIXe siècle : Le Tribunal de Paix et la prison de la Gendarmerie
    Après la Révolution française, Astaffort devient chef-lieu de canton. La commune accueille un Tribunal de Paix, instance de conciliation et de simple police qui siège à la mairie. Parallèlement, l'ancien couvent des Clarisses (fondé en 1642) est réaffecté par l'État pour y installer la caserne de gendarmerie à cheval. C'est dans ce complexe que se situe le passé carcéral de la commune, sous la forme de geôles et cellules de sûreté destinées à la rétention provisoire des prévenus et des vagabonds avant leur transfert par la route vers la maison d'arrêt d'Agen.

  • Le XXe siècle : Répression de guerre et criminalité d'Assises
    Le passé sécuritaire de la commune est marqué par l'action de la Milice française le 13 juin 1944, qui organise l'arrestation politique de plusieurs notables d'Astaffort (dont le receveur des Postes et l'huissier-greffier), débouchant sur la tragédie sanglante de l'embuscade du Pont Neuf. Sur le plan criminel, les grands dossiers du canton (tels que l'affaire du tonnelier assassin Joseph Barada au XIXe siècle ou l'incendie criminel d'Astaffort en 2013) relèvent de la compétence de la cour d'assises et du tribunal correctionnel d'Agen.


II. Bibliographie de référence

1. Sources archivistiques (Première main)

  • Archives départementales de Lot-et-Garonne (Agen) :

    • Série B (Justices d'Ancien Régime) : Fonds de la sénéchaussée d'Agen et mentions des litiges de limites territoriales avec la sénéchaussée de Condom concernant Astaffort.

    • Série U (Justice contemporaine) : Minutes des jugements du Tribunal de paix d'Astaffort (XIXe siècle - milieu du XXe siècle) ; dossiers de la Cour d'assises de Lot-et-Garonne.

    • Série Y (Établissements pénitentiaires) : Registres d'écrou de la prison d'Agen (comportant les transferts depuis les geôles de la gendarmerie d'Astaffort).

2. Monographies locales et travaux historiques sur Astaffort

  • MONDON S., Les Coutumes d'Astaffort (1304) : texte gascon, Paris, Honoré Champion, 1910.
    (L'ouvrage fondamental analysant le texte juridique médiéval original qui fixe les droits de justice des consuls d’Astaffort).

  • LABOURIE Jean, Astaffort, des origines à nos jours, Agen, Imprimerie moderne, 1978.
    (Une chronique historique très complète qui aborde l'administration du bourg sous l'Ancien Régime, l'établissement de la gendarmerie dans le couvent des Clarisses et les affaires locales).

  • LÉGÉ (Abbé) Joseph, Les Castels et les Paroisses de l'ancien diocèse de Condom, Tome II, Bourloton, Paris, 1890.
    (Indispensable pour comprendre le rattachement judiciaire historique d'Astaffort au siège de Condom avant la création du département de Lot-et-Garonne).

3. Histoire criminelle départementale et Seconde Guerre mondiale

  • CAUJOLLE Patrick, Les Grandes Affaires Criminelles de Lot-et-Garonne, Éditions De Borée, coll. « Les Grandes Affaires Criminelles », 2011, 312 p.
    (Contient le récit détaillé et l'analyse du procès d'assises de l'affaire Joseph Barada, le tonnelier criminel d'Astaffort).

  • FRÈCHES Jean-José et COLLECTIF, La Mémoire des Années Sombres en Lot-et-Garonne (1940-1944), Éditions Archives départementales, Agen, 2005.
    (Ouvrage scientifique documentant les exactions de la Milice, les arrestations politiques de juin 1944 à Astaffort et le drame du Pont Neuf).

 
Tag(s) : #Affaires criminelles, #Guerre 1939 -1945 - Vichy, #Justice - Peine de mort - Expertises, #Prisons anciennes
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