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L'expression « les sœurs Bessarabo » fait en réalité référence aux deux femmes clés de l'une des affaires criminelles les plus retentissantes de l'entre-deux-guerres : l'affaire Bessarabo (1920). Il s'agit de Madame Weiss-Bessarabo (née Marie-Louise Jacques, dite « Héra Mirtel ») et de sa fille, Paule Weiss (parfois appelée Paulette).

Bien qu'elles ne soient pas sœurs mais mère et fille, la presse de l'époque et la mémoire collective les ont souvent associées sous une formule gémellaire en raison de leur complicité fusionnelle et de leur présence simultanée dans le box des accusés.

Voici les éléments essentiels de cette affaire hors norme :

1. Les protagonistes : Une mère extravagante et sa fille dévouée

  • La mère : Héra Mirtel (Marie-Louise Jacques). C'est une figure du Tout-Paris des années 1910. Romancière, militante féministe ardente, conférencière et spirite, elle est dotée d'une forte personnalité. Veuve d'un premier mari (mort dans des conditions suspectes au Mexique), elle se remarie avec Paul-Anatole Jacques, dit Bessarabo, un commissionnaire en bourse d'origine roumaine.

  • La fille : Paule Weiss. Issue du premier mariage de sa mère, elle vit sous l'influence totale et la fascination de cette dernière.

2. Le crime : « L'affaire de la malle à roulettes » (1920)

Le 4 août 1920, un commissionnaire de la gare de l'Est à Paris remarque une odeur fétide s'échappant d'une énorme malle en osier expédiée à destination de Nancy. La police ouvre le bagage et y découvre le corps en décomposition de Paul Bessarabo, tué d'une balle dans la tête.

L'enquête s'oriente immédiatement vers le domicile conjugal du square Alboni à Paris. Mère et fille ont pris la fuite mais sont rapidement arrêtées.

3. Un mobile financier et passionnel

Le couple Bessarabo battait de l'aile. Paul Bessarabo était ruiné par de mauvaises spéculations et le couple se disputait violemment pour des questions d'argent. De plus, Héra Mirtel reprochait à son mari de faire de dangereuses avances à sa fille, Paule.

Pour la police, la mère a abattu son mari pendant son sommeil dans la nuit du 29 au 30 juillet 1920, avant de forcer sa fille à l'aider à emballer le cadavre dans la malle et à aller l'expédier en taxi.

4. Le procès de « l'impératrice du féminisme » (1921)

Le procès s'ouvre en février 1921 devant la cour d'assises de la Seine et déchaîne les passions de l'époque. La presse suit les audiences avec fascination :

  • Héra Mirtel nie farouchement et tente de faire porter le chapeau à des complices ou des rôdeurs, affectant une attitude hautaine et théâtrale.

  • Paule Weiss, la fille, oscille entre des aveux partiels (elle reconnaît avoir aidé à déplacer la malle par amour filial) et des rétractations pour protéger sa mère.

Le verdict tombe :

  • La mère (Héra Mirtel) est condamnée à 20 ans de réclusion criminelle. Elle mourra en détention à la prison de Rennes en 1931.

  • La fille (Paule Weiss) est acquittée, le jury ayant estimé qu'elle avait agi sous la contrainte morale absolue et la domination psychologique de sa mère.

5. Postérité littéraire

Cette affaire a profondément marqué les écrivains de l'époque. L'écrivain François Mauriac s'est très largement inspiré de la personnalité d'Héra Mirtel et du huis clos vicié de cette famille pour écrire son célèbre chef-d'œuvre littéraire, Thérèse Desqueyroux (1927).

L'affaire de la malle Bessarabo (ou Bassarabo), qui s'est déroulée au début des années 1920, a suscité une immense production littéraire et journalistique, de l'entre-deux-guerres jusqu'à nos jours. [1]

Voici la bibliographie de référence des ouvrages historiques et documents d'époque consacrés à cette énigmatique affaire criminelle :

1. Ouvrages historiques et enquêtes modernes

  • LEROY Michel, Le Procès de Madame Bassarabo : La ténébreuse affaire de « l'Amazone rouge », Paris, L'Harmattan, 2018, 366 p.
    (L'étude moderne incontournable sur le sujet. L'auteur s'appuie sur des archives judiciaires inédites pour analyser le crime, mais aussi la personnalité complexe d'Héra Mirtel — de son vrai nom Louise Grouès, qui s'avère être la tante de l'Abbé Pierre — et son combat féministe radical face à la société patriarcale de l'époque).
    [1, 2, 3, 4]

  • THOMAZO Renaud, Les Grandes Affaires Criminelles, Paris, Éditions Larousse, 2011.
    (Cet ouvrage généraliste de référence consacre un chapitre entier à l'affaire sous l'angle du mode opératoire de la "malle sanglante" expédiée par le train, caractéristique des faits divers de l'entre-deux-guerres).

2. Sources d'époque et récits des contemporains (Années 1920-1930)

  • BERNÈDE Arthur, L'Affaire Bessarabo, Paris, Éditions Tallandier, coll. « Crimes et Châtiments », 1931 (Réédition chez Okno Éditions, Roubaix, 2024).
    (Rédigé par le célèbre auteur populaire de Belphégor, ce document historique à mi-chemin entre l'enquête et le roman policier retrace le procès de 1922. Bernède y décortique les témoignages contradictoires et les coups de théâtre de l'audience).
    [1, 2, 3]

  • LOCARD Edmond, La Malle de Nancy (L'affaire Bessarabo), in Contes de la montre verte, Lyon, Éditions Paul Derain, 1934.
    (Le célèbre médecin légiste et pionnier de la police scientifique française livre son analyse technique et ses impressions sur l'instruction menée autour de la dépouille de Georges Bessarabo).
    [1]

3. Les écrits de l'accusée (Autofiction et indices littéraires)

Pour comprendre l'affaire, les historiens étudient également l'œuvre d'Héra Mirtel (Louise Grouès), qui avait étrangement anticipé son propre drame dans ses livres : [1, 2]

  • MIRTEL Héra, Leur proie : histoire contemporaine dédiée à toutes celles qui furent..., Paris, Éditions É. Sansot, 1912. (Roman où elle exprime son rejet violent de la figure masculine et du mariage patriarcal).

  • MIRTEL Héra, Du bagne à l'Éden, Paris, 1920.
    (Paru l'année même du meurtre, ce roman met en scène une situation d'élimination d'un époux jugé indigne, un élément qui fut lourdement retenu contre elle par l'accusation lors du procès d'assises).
    [1, 2, 3]

4. Évocations et inspiration littéraire

  • MAURIAC François, Thérèse Desqueyroux, Paris, Grasset, 1927.
    (Bien qu'il s'agisse d'une fiction, le prix Nobel de littérature a reconnu s'être nourri du huis clos vicié de l'affaire Bessarabo, de la complicité mère-fille et de la personnalité captivante de cette femme de lettres pour façonner son héroïne empoisonneuse).

Tag(s) : #Affaires criminelles, #Femmes - repères biographiques, #Femmes dans la société, #Justice - Peine de mort - Expertises
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