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Les workhouses, ce sont ces maisons de travail, tristement célèbres depuis que Dickens les a décrites dans Oliver Twist, où l'on a parqué les pauvres en Angleterre durant plus de trois cents ans : du XVIIe siècle jusqu'au début du XXe, y ont été exclus de la société et soumis à un travail pénible aussi bien qu'aux brimades des surveillants les enfants, adultes ou vieillards jugés incapables de s'insérer dans une société urbanisée de plus en plus compétitive. Souvent soupçonnés de paresse, voire d'immoralité et de malhonnêteté, ils y étaient accoutrés d'uniformes où était cousue la lettre P (pour pauper), entassés dans des dortoirs dont la promiscuité favorisait la propagation des maladies, en butte à une discipline pénitentiaire qui préconisait, entre autres, l'usage du fouet, la privation de nourriture et l'envoi au cachot. Pourtant, les workhouses ont aussi été des établissements de secours aux indigents d'un genre unique en Europe : à la fois ateliers et hospices, où le travail manuel fédérait un projet de société - une forme d'assistance publique avant l'heure. Ces institutions furent au cour des réflexions des philosophes et des économistes s'efforçant de trouver des solutions aux questions de la marginalité et du chômage, des problèmes que nos sociétés n'ont toujours pas su résoudre. Jacques Carré fait ici resurgir, derrière les discours officiels moralisateurs de l'époque, la voix et le quotidien des milliers d'anonymes et laissés-pour-compte qui ont peuplé ces asiles de pauvres.

Jacques Carré, professeur émérite d'études britanniques à l'Université Paris-Sorbonne, est spécialiste de l'histoire culturelle et sociale britannique des XVIIIe et XIXe siècles. Il s'est intéressé en particulier aux rapports entre architecture et société, sociabilité et savoir-vivre, ainsi qu'à l'histoire de la pauvreté et à l'utopie. Il a notamment édité le volume Les Visiteurs du pauvre, anthologie d'enquêtes britanniques sur la pauvreté urbaine, XIXe-XXe siècles.

 

La Prison des pauvres : l’expérience des workhouses en Angleterre est un ouvrage historique majeur écrit par Jacques Carré, professeur émérite de civilisation britannique, et publié en 2016.

Ce livre propose une analyse approfondie des workhouses (maisons de travail), des institutions tristement célèbres qui ont marqué l'histoire sociale de l'Angleterre du XVIIe siècle jusqu'au début du XXe siècle.

L'essentiel de l'ouvrage

L'auteur explore l'ambiguïté fondamentale de ces établissements :

  • Un système répressif : Popularisées par la littérature (notamment par Charles Dickens dans Oliver Twist), les workhouses fonctionnaient comme de véritables prisons pour indigents. Pour y entrer, les pauvres devaient renoncer à leur liberté, porter un uniforme marqué de la lettre "P" (pauper), subir une discipline de fer (privations, châtiments corporels) et être séparés de leur famille. Le travail y était volontairement pénible et monotone pour décourager l'assistanat.

  • Une forme d'assistance publique : Paradoxalement, elles constituaient également le premier grand système d'aide sociale centralisé en Europe. À la fois hospices, asiles et ateliers, elles accueillaient les personnes âgées, les malades, les orphelins et les chômeurs qu'une société de plus en plus industrialisée et compétitive laissait de côté.

Jacques Carré s'appuie sur de riches archives pour faire revivre le quotidien de ces milliers d'anonymes, tout en replaçant l'évolution de la législation (comme la célèbre New Poor Law de 1834) au cœur des débats philosophiques et économiques de l'époque sur la pauvreté, le chômage et la morale.

 
 
Tag(s) : #Prisons anciennes
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