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Loudun (dans la Vienne) s'articule autour de plusieurs lieux de détention, de pouvoirs seigneuriaux, royaux ou religieux, ainsi que d'institutions marquantes du XIXe au XXe siècle. 

 

1. Les geôles médiévales et la place forte

  • La Tour carrée et le château fort : À l’époque médiévale, le pouvoir seigneurial puis royal disposait d'espaces de sûreté et de détention liés à la forteresse de Loudun. En 1598, Loudun devient une place de sûreté protestante après l'Édit de Nantes, dotée d'importantes fortifications qui permettaient de contrôler et protéger la ville. [1]
  • Sur ordre de Louis XIII et du Cardinal de Richelieu, la majeure partie de la forteresse et des remparts est démantelée vers 1628, ne laissant subsister que l’emblématique Tour carrée (classée Monument historique). [1]
  • L’affaire Urbain Grandier (1634) : Même si ce n’est pas un bâtiment pénitentiaire permanent, le souvenir carcéral le plus noir de Loudun reste l’emprisonnement, la torture et le supplice du prêtre Urbain Grandier, accusé de sorcellerie dans l'affaire des « possédées de Loudun ». [1, 2]
  • Rôle et fonction de la Tour Carrée
    • Tour de guet et donjon : Édifiée entre la fin du XIe siècle et le XIIe siècle (sous Henri II Plantagenêt), elle était avant tout un point d'observation militaire et une tour de guet intégrée à l'ancienne forteresse de Loudun, et non une résidence. [1, 2, 3]
    • Indice de détention : Dans l'embrasure de la porte d'entrée, l'ajout d'un second vantail pouvant être condamné depuis l'extérieur indique qu'elle a pu faire office de prison de façon temporaire ou ponctuelle. [1]
    • Graffiti : La présence de nombreux graffiti (oiseaux, blasons, personnages comme un roi, un abbé ou un évêque) sur les deuxième et troisième niveaux appuie l'hypothèse de prisonniers ou de personnes retenues sur place au cours de son histoire. [1]
    • Destruction partielle : Le reste de la forteresse a été démantelé au XVIIe siècle (en 1629) sur ordre de Louis XIII pour mater les places fortes protestantes, épargnant cette tour. [1, 2]

 

2. La prison, la mairie et le palais de justice

  • L’ancien bâtiment unifié : Au XIXe siècle, l'architecture administrative locale regroupe souvent la justice et l'enfermement. À Loudun, un bâtiment composite est édifié (notamment à l'emplacement ou à proximité d'anciens couvents comme celui des Cordeliers) réunissant sous un même ensemble ou à proximité immédiate la mairie, le palais de justice et la prison (maison d'arrêt). [1]
  • La maison d'arrêt de Loudun : Les archives départementales (notamment les fonds de la période 1818-1932) attestent de la gestion des prisonniers, des tentatives d'évasion, des travaux d'entretien et du personnel de cette maison d’arrêt locale, qui gérait les détenus en attente de jugement ou condamnés à de courtes peines avant la centralisation plus stricte des peines. [1]

 

3.
Le poids du territoire : la colonie pénitentiaire de Roiffé / Saint-Hilaire

  • Bien que située administrativement à proximité immédiate de Loudun (sur la commune voisine de Roiffé), la colonie pénitentiaire de Saint-Hilaire (dite aussi colonie du Boulard) a marqué l'histoire carcérale du Loudunais. [1, 2]
  • Ouverte en 1842 pour désengorger la centrale de Fontevraud, cette structure agricole se transforma en véritable bagne pour enfants et mineurs délinquants ou vagabonds. Souvent dénoncée pour sa rudesse et ses conditions de vie difficiles au cours du XXe siècle, elle évolua ensuite en institut d'éducation surveillée (IPES) avant de fermer définitivement en 1974 pour devenir l'actuel Domaine de Roiffé. [1, 2, 3] Cliché photographique : Saint-Hilaire. Colonie pénitentiaire (1930-1960)

4. La Seconde Guerre mondiale

  • La prison de Loudun a également continué de jouer un rôle durant la Seconde Guerre mondiale, servant de lieu de détention et de transit dans le contexte de l'occupation et de la Résistance locale (étudié notamment par les mémoires locales de la Résistance et de l'internement dans la Vienne). [1]

Le regard de Philippe Poisson sur l’histoire pénitentiaire et criminelle s'exprime à travers son prisme de spécialiste de l'histoire carcérale et d'ancien formateur du personnel de l'Administration pénitentiaire. [1]

Bien qu'il n'ait pas dédié une monographie exclusive aux seules cellules physiques de la maison d'arrêt de Loudun, il aborde régulièrement le passé de cette commune sous l'angle de la culture, de la justice et des grandes affaires judiciaires via son support de recherche et son blog Culture et justice. Son approche met en lumière plusieurs aspects clés : [1]

1. Loudun, théâtre de manipulations politiques et religieuses

À travers la publication et le relais de travaux historiques (comme ceux portant sur le livre d'Aldous Huxley, Les Diables de Loudun), Philippe Poisson s’intéresse à la célèbre affaire de possession des Ursulines de 1634. Son regard met en avant la manière dont l'enfermement, la torture et l'exécution d'Urbain Grandier ont été les instruments d'une machination politique et cléricale orchestrée sous le regard du Cardinal de Richelieu. Le cas de Loudun sert ici d'illustration aux dérives de la justice pénale d'Ancien Régime. [1, 2, 3]

2. L’erreur judiciaire et la faillite des experts : L'affaire Marie Besnard

Philippe Poisson a longuement documenté l'affaire Marie Besnard, surnommée « la bonne dame de Loudun », qui fut incarcérée et accusée d'avoir empoisonné treize personnes à l'arsenic. Son analyse met en relief : [1, 2]

  • La sévérité et la précipitation d'une justice influencée par les rumeurs locales.

  • Les défaillances des expertises scientifiques de l'époque qui ont maintenu cette femme en détention pendant des années avant son acquittement final. [1]

3. La mémoire des institutions disciplinaires de la région

En tant qu'observateur de l'histoire des bagnes et des structures de détention, Philippe Poisson intègre plus largement le Loudunais dans une cartographie de la répression Il s’attache à extirper de l’oubli le quotidien des « prisons oubliées » de province (comme les détentions préventives à Loudun ou la colonie pénitentiaire agricole voisine de Roiffé-Saint-Hilaire), documentant les archives pour restituer la réalité humaine, parfois tragique, des personnes incarcérées. [1, 2]

Tag(s) : #Prisons actuelles - Évasions, #Prisons anciennes
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