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Le passé carcéral de Lalinde, en Dordogne, est particulièrement dense et s'articule autour de quatre réalités bien distinctes : les geôles médiévales de la bastide, la prison militaire de la Seconde Guerre mondiale, le camp d'internement et de rétention politique, et enfin le concept moderne de prison ouverte (centre de détention).
Voici la synthèse complète de ces différents lieux de sûreté et de rétention à Lalinde :
🏰 1. Les geôles médiévales de la Bastide
Fondée en 1267 par le roi d’Angleterre Henri III Plantagenêt, la bastide royale de Lalinde disposait du droit de haute et basse justice.
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La Porte de Bergerac et les remparts : À l'époque médiévale, l'enfermement préventif se faisait au cœur même des fortifications. La Porte de Bergerac (aujourd'hui disparue) et les différentes tours de la ville abritaient de petites geôles ou « chambres de sûreté » pour sécuriser les voleurs de grand chemin ou les contrevenants avant leur jugement par le bailli.
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Le Château de la Bastide : Situé au bord de la Dordogne, ce bâtiment fortifié seigneurial intégrait ses propres structures de basse-fosse pour maintenir les prisonniers sous clé.
🪖 2. La prison militaire et le Camp Nord de Sauvebœuf (1940-1945)
C'est le site le plus sombre de l'histoire pénitentiaire de la commune. En 1937, l'État lance la construction de la Poudrerie de Mauzac à cheval sur les communes de Mauzac et de Lalinde (au lieu-dit Sauvebœuf). L'armistice de 1940 stoppe le projet, mais les infrastructures en béton et les baraquements en bois sont immédiatement recyclés en lieux d'enfermement.
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La Prison Militaire de Paris repliée (Camp Nord) : Dès le 1er novembre 1940, le Camp Nord, situé sur le territoire de Lalinde, devient officiellement l'annexe de la prison militaire du Cherche-Midi (Paris). Entouré d'une triple rangée de barbelés et de miradors, ce lieu de haute sûreté accueille des détenus militaires, des droits communs, mais aussi de nombreux prisonniers politiques et résistants.
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Le GTE (Groupement de Travailleurs Étrangers) : Le site sert parallèlement de camp de triage pour les étrangers indésirables sous le régime de Vichy. Des centaines d'hommes juifs y sont incorporés de force dans des « compagnies palestiniennes » avant d'être, pour beaucoup, déportés vers les camps d'extermination.
⛓️ 3. Le camp de rétention politique (1945-1971)
Après la Libération, les baraquements de Sauvebœuf à Lalinde changent plusieurs fois de cible mais conservent leur fonction de rétention :
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L'Épuration (1945-1949) : Le camp sert à interner les collaborateurs et condamnés des cours de justice.
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Le dépôt des relégués (1949) : Le site accueille temporairement les « relégués » (anciens bagnards de Guyane) après la fermeture définitive du bagne.
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La guerre d'Algérie (1961-1962) : Lalinde devient un centre de regroupement de prisonniers politiques algériens, principalement des membres du MNA (Mouvement National Algérien), assignés à résidence surveillée.
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Les objecteurs de conscience (jusqu'en 1971) : Les derniers enfermés du site de Sauvebœuf seront les insoumis et les objecteurs de conscience au service militaire. Les vieux baraquements en bois du Camp Nord seront définitivement détruits au début des années 1970.
🕊️ 4. La prison ouverte moderne : Le Centre de détention de Mauzac
Bien que le cœur administratif du centre actuel soit situé sur la commune limitrophe de Mauzac-et-Grand-Castang, son histoire et ses accès sont indissociables de Lalinde.
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Le modèle Badinter (1986) : Inauguré par le garde des Sceaux Robert Badinter, ce centre de détention révolutionne l'architecture pénitentiaire. C'est une prison pavillonnaire sans barreaux ni hauts murs d'enceinte, construite comme un village. Les détenus logent dans des pavillons et possèdent la clé de leur chambre, l'accent étant mis sur la responsabilisation et la réinsertion par le travail (domaine agricole).
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Lalinde, point d'entrée : Le village de Sauvebœuf (Lalinde) abrite toujours des structures clés liées à cette prison, notamment La Passerelle, la structure associative d'accueil et d'hébergement pour les familles des personnes détenues venant leur rendre visite au parloir.
Pour étudier l'histoire pénitentiaire de Lalinde — indissociable du complexe de Mauzac et de son emblématique Camp Nord situé à Sauvebœuf —, les chercheurs et passionnés d'histoire locale disposent d'un ensemble de travaux académiques, de récits de témoins et de gisements d'archives. [1, 2]
Voici les notices documentaires fondamentales ainsi que la bibliographie de référence pour appréhender ce passé carcéral.
📝 Notices et jalons documentaires majeurs
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La « Prison militaire de Paris repliée » (1940-1945) : Du 6 novembre 1940 au 2 mai 1945, le Camp Nord (territoire communal de Lalinde) abrite l'annexe de la célèbre prison militaire du Cherche-Midi de Paris. C’est un haut lieu de détention pour les prisonniers politiques et les résistants sous le régime de Vichy. [1, 2]
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L’affaire de l’évasion des agents du SOE (Juillet 1942) : L'événement le plus documenté reste l'évasion rocambolesque, dans la nuit du 15 au 16 juillet 1942, de Jean Pierre-Bloch et de 10 agents secrets britanniques du Special Operations Executive (SOE), réussie avec la complicité active de leurs gardiens. [1, 2]
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Une plaque mémorielle commune (2026) : Signe de la reconnaissance historique tardive de ce site, une nouvelle plaque mémorielle d’envergure a été officiellement inaugurée en octobre 2026 afin de réunir le destin mémoriel des "camps frères" de Sauvebœuf (Lalinde) et de Mauzac, rappelant le sort des travailleurs étrangers, des Juifs triés et des prisonniers politiques. [1]
📚 Bibliographie indicative de référence
1. Travaux historiques et universitaires (Jacky Tronel)
L’historien Jacky Tronel est le chercheur de référence sur le sujet et anime le portail Histoire pénitentiaire et Justice militaire. Il a notamment écrit sur le repli de la prison militaire à Mauzac, son rôle sous Vichy et l'exode. [1, 2, 3]
2. Ouvrages sur la persécution et l'internement en Périgord
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REVIRIEGO (Bernard), Les Juifs en Dordogne. 1939-1944, Archives départementales de la Dordogne, 2003, qui détaille le rôle des Groupements de Travailleurs Étrangers à Mauzac et Lalinde. [1]
3. Témoignages historiques et mémoires
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PIERRE-BLOCH (Jean), Le Temps d’y penser, Éditions du Chêne, 1947, offrant un récit direct de sa détention et de l'évasion des services secrets. [1, 2]
4. Documentaires et analyses
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LÉVY (Jean-Pierre) et DERUAZ (Nathalie), Les Clés de Mauzac, film documentaire de 1985 sur l'histoire du site. [1, 2]
🗄️ Les sources d'archives exploitables
Pour consulter les documents originaux, les principaux fonds se trouvent aux Archives départementales de la Dordogne (séries W et Y incluant les registres d'écrou), aux Archives Nationales (fonds de la Justice), et au Service Historique de la Défense pour la gestion militaire du Camp Nord. [1, 2, 3, 4]
Lalinde et sa périphérie immédiate ont été le théâtre de plusieurs faits divers marquants et affaires criminelles majeures qui ont profondément marqué la mémoire collective de la Dordogne.
Voici les principales affaires judiciaires et criminelles liées à la commune et à ses environs :
🪵 L’Affaire Yves Bureau (Meurtre d'Édith Muhr) — 2009
C'est sans doute l'affaire criminelle la plus célèbre et la plus effroyable de l'histoire moderne de la commune.
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Les faits : En septembre 2009, Édith Muhr, une touriste allemande de 68 ans, disparaît alors qu'elle se promène à Verdon (une commune limitrophe de Lalinde). [1]
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L'horreur : Les enquêteurs découvrent le corps de la retraitée, sauvagement assassinée et découpée en morceaux, dissimulé dans des sacs plastiques et une grange.
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Le coupable : L'auteur du crime est Yves Bureau, un ancien conseiller municipal de la commune de Verdon. Jugé par la cour d'assises de la Dordogne puis en appel à Bordeaux en 2013, il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de sûreté de 20 ans. [1]
💧 L’Assassinat du Barrage de Tuilières — 2023
Une affaire sordide de règlement de comptes entre marginaux s'est nouée sur les berges de la Dordogne, reliant Couze-et-Saint-Front et Lalinde. [1]
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Les faits : Le corps d'un homme est découvert au niveau du barrage de Tuilières (à Saint-Capraise-de-Lalinde). La victime avait été piégée lors d'un rendez-vous, bâillonnée, enfermée dans le coffre d'une voiture, puis transportée sur 60 kilomètres avant d'être jetée à l'eau. [1, 2]
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L'enquête : Trois suspects gravitant dans un milieu marginal — un homme d'une trentaine d'années, un autre du même âge et son fils mineur au moment des faits — ont été arrêtés et mis en examen pour assassinat, enlèvement et séquestration. L'instruction a mis en lumière un mobile lié à une sombre rivalité amoureuse. Une reconstitution judiciaire sur le pont a eu lieu au début de l'année 2025. [1]
🏰 L’Affaire de la "Comtesse" de Mauzac — 2016
Cette affaire s'est déroulée à Mauzac-et-Grand-Castang, commune directement rattachée au destin carcéral de Lalinde. [1]
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La disparition : En février 2016, Hildiic Maria Pierce de Newbourg, une comtesse d'origine hongroise âgée de 78 ans, disparaît mystérieusement de son domicile. Des traces de sang retrouvées sur sa béquille orientent immédiatement la gendarmerie vers une piste criminelle.
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Les aveux : Plus d'un an après, en avril 2017, son jardinier et voisin, Emmanuel Bouscillou, avoue le meurtre. À la suite d'une violente dispute concernant le tarif de travaux de jardinage, il avait fait chuter la septuagénaire dans les escaliers avant de l'étrangler avec un câble électrique et d'enterrer son corps en forêt. Il a été jugé par les assises de la Dordogne en 2019. [1, 2]
🍇 Le mystère sanglant de Trémolat (Affaire Karen Carter) — 2025
À quelques kilomètres de Lalinde, le petit village de Trémolat a été secoué par un meurtre d'une violence inouïe fin 2025. [1]
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Le crime : Karen Carter, une ressortissante britannique de 65 ans très intégrée localement (elle gérait des chambres d'hôtes, le café du village et entraînait l'équipe féminine de football), a été retrouvée morte, gisant dans son sang près de son véhicule.
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L'état des investigations : La victime a reçu huit coups de couteau fulgurants alors qu'elle se penchait dans sa voiture. Bien que son amant ait été initialement gardé à vue puis totalement mis hors de cause, la piste d'un rôdeur ou d'un familier connaissant parfaitement son emploi du temps reste explorée par les enquêteurs criminels. [1]
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Politique éditoriale sur la page Culture et justice - Le blog de Philippe Poisson
"Le carnet de recherche de Criminocorpus a été créé en 2008 sur la plateforme Hypotheses avec l'objectif de couvrir l'actualité de la recherche en histoire de la justice. Il s'est progressivem...
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