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La gendarmerie de Loudun possède plus de 300 ans d'histoire continue, ancrée dans l'évolution des forces de l'ordre en France. De l'ancienne maréchaussée royale du XVIIIe siècle à la Brigade Territoriale Autonome (BTA) moderne, l'implantation de cette unité témoigne des mutations administratives et stratégiques de la région du Loudunais. [1, 2, 3]

Voici les grandes étapes de son évolution historique :

1. La création sous l'Ancien Régime : La Maréchaussée (1720)

L'origine de la gendarmerie locale remonte au règne de Louis XV. En 1720, sous l'impulsion du secrétaire d'État à la Guerre Claude Le Blanc, la maréchaussée est profondément réorganisée à l'échelle du royaume pour mailler le territoire national. [1, 2]

  • La province de Touraine (dont dépendait alors une partie de la subdélégation de Loudun) se voit attribuer un contingent de 219 hommes répartis dans 40 brigades. [1]

  • C'est lors de cette réforme qu'une brigade de maréchaussée est officiellement établie à Loudun afin d'assurer la sécurité des axes routiers et la surveillance des marchés locaux. [1]

2. Le tournant républicain et l'époque napoléonienne (1791)

Le 16 février 1791, l’Assemblée nationale constituante dissout la maréchaussée pour créer la Gendarmerie Nationale. [1, 2]

  • La brigade de Loudun change de nom mais conserve ses missions de police rurale. Les archives de l'époque révolutionnaire et de l'Empire (conservées sous la cote 1 N 23-63 aux Archives de la Vienne) montrent une activité dense autour du maintien de l'ordre, du contrôle de la conscription (recherche des déserteurs) et de la lutte contre le vagabondage. [1, 2, 3]

  • Intégrée au département de la Vienne, Loudun devient par la suite le chef-lieu d'un arrondissement (jusqu'en 1926), ce qui renforce l'importance de sa gendarmerie qui travaille en étroite collaboration avec le Palais de justice et la prison civile de la ville. [1]

3. Les mutations du XXe siècle : Rattachements et réorganisations

Le XXe siècle modifie la structure administrative de la gendarmerie loudunaise :

  • Perte du statut d'arrondissement (1926) : Lors des réformes de décentralisation d'Raymond Poincaré en 1926, l'arrondissement de Loudun est supprimé et rattaché à celui de Châtellerault. Sur le plan militaire, la brigade territoriale de Loudun passe alors sous la supervision de la section de gendarmerie de Châtellerault.

  • Modernisation des infrastructures : Durant la seconde moitié du siècle, la brigade quitte ses anciens locaux vétustes du centre-ville pour s'installer dans une caserne moderne située au 9, avenue de la Gare, permettant d'accueillir les militaires et leurs familles dans des logements dédiés. [1, 2, 3]

4. La Gendarmerie de Loudun aujourd'hui

De nos jours, l'unité a été restructurée en Brigade Territoriale Autonome (BTA). [1]

  • Effectifs et compétences : Forte d'une équipe de plus d'une vingtaine de militaires (dirigée par un major), la BTA de Loudun couvre un vaste secteur rural composé de 26 communes environnantes. Elle gère la délinquance de proximité, la sécurité routière et les interventions d'urgence.

  • Projet d'avenir : Face à l'obsolescence technique des locaux de l'avenue de la Gare, la municipalité et le groupement de gendarmerie de la Vienne mènent des projets de construction d'une toute nouvelle caserne (notamment évoquée vers la rue du Capitaine-Breton) afin d'adapter les infrastructures aux exigences opérationnelles du XXIe siècle. [1, 2, 3]

Au cours de son histoire, la brigade de gendarmerie de Loudun a été confrontée à des affaires d'ampleur très diverse. Si l'un des plus grands feuilletons judiciaires du XXe siècle français s'est joué sur ses terres, l'activité quotidienne des gendarmes loudunais s'est partagée entre police de proximité, crimes de sang locaux et enquêtes de sûreté. [1, 2]

Note historique préliminaire : La célèbre Affaire des possédés de Loudun (1632-1634), qui mena le prêtre Urbain Grandier au bûcher pour sorcellerie, s'est déroulée un siècle avant la création de la brigade locale. Ce crime politique et d'Église fut instruit par des commissaires royaux envoyés par Richelieu, sans participation de la maréchaussée. [1, 2]


1. L’affaire Marie Besnard : L'enquête du siècle (1949–1961)
C’est l'affaire incontournable de l'histoire criminelle de la ville. Surnommée « la bonne dame de Loudun » ou la « veuve joyeuse », Marie Besnard est soupçonnée d'avoir empoisonné à l'arsenic 12 personnes de son entourage entre 1927 et 1949 pour capter des héritages. [1, 2]

  • Le rôle de la gendarmerie : Dès les premières dénonciations en 1949, les gendarmes de Loudun mènent les enquêtes de voisinage, recueillent les témoignages (notamment les accusations de la postière locale) et sécurisent la longue et macabre procédure d'exhumation des corps au cimetière municipal. [1, 2]
  • L'épilogue : Après plus de dix ans de procédure, trois procès retentissants et une guerre d'experts toxicologiques acharnée, Marie Besnard est finalement acquittée au bénéfice du doute en 1961, la défense ayant prouvé que l'arsenic mesuré dans les corps pouvait provenir du sol même du cimetière. [1]
2. Le contrôle de la délinquance rurale et routière (XIXe - XXe siècles)
Les archives de la gendarmerie (Série N de la Vienne) montrent que l'activité historique des militaires du Loudunais s'est principalement concentrée sur la gestion de l'ordre public dans une région agricole :

  • Braconnage et vols de récoltes : Durant tout le XIXe siècle, les procès-verbaux de la brigade concernent de façon très régulière les conflits de propriété, le vol de bétail et les outrages.
  • La traque des déserteurs : Lors des grands conflits (guerres napoléoniennes, guerre de 1870, Première Guerre mondiale), la brigade avait la lourde tâche d'arrêter les réfractaires à la conscription militaire dans les fermes du Loudunais.
3. Les interventions contemporaines marquantes (XXIe siècle)
Aujourd'hui intégrée au groupement de la Vienne, la gendarmerie de Loudun continue d'instruire des affaires judiciaires complexes nécessitant parfois l'appui d'unités spécialisées :
  • Le forcené de Loudun et l'intervention du GIGN (Juillet 2024) : Lors de la nuit du 8 au 9 juillet 2024, les gendarmes locaux font face à un habitant retranché chez lui, armé et menaçant, sur fond de violences intrafamiliales. Devant la dangerosité de la situation, la gendarmerie fait appel à l'antenne d'élite du GIGN de Joué-les-Tours. L'homme est maîtrisé au petit matin sans effusion de sang et condamné quelques jours plus tard par le tribunal.
  • Le démantèlement de trafics de stupéfiants (Opérations "Place Nette" - 2026) : En janvier 2026, à la suite d'une enquête menée pendant plusieurs mois par la brigade de Loudun avec la brigade de recherches de Châtellerault, une vaste opération impliquant 45 gendarmes conduit à l'interpellation et à l'incarcération de plusieurs individus pour trafic d'héroïne et de cocaïne dans le secteur.
  • Agression au couteau et délits routiers (2026) : À l'automne 2026, la gendarmerie intervient également sur des violences urbaines marquantes, notamment une agression au couteau commise en pleine nuit, menant à l'interpellation rapide d'un suspect, ou encore des accidents routiers mortels donnant lieu à des mises en examen. [1, 2, 3, 4]

Pour reconstituer et approfondir l’histoire de la gendarmerie de Loudun (de la maréchaussée royale à la brigade moderne), il est nécessaire de croiser les travaux d'histoire locale et les répertoires d'archives départementales ou militaires.

Voici la bibliographie de référence et les notices d'orientation d'archives pour orienter vos recherches.


I. Bibliographie générale et locale

1. Sur l'affaire Marie Besnard (L'enquête majeure de la brigade)

  • BESNARD (Marie), Mes mémoires, Éditions Stock, 1962 (rééd. 2002).

    • Notice : Le témoignage direct de l'accusée qui détaille les perquisitions, les interrogatoires menés par les enquêteurs locaux et le climat qui régnait à Loudun lors des investigations.

  • BRINGER (Rodolphe), Le Secret de la bonne dame de Loudun, Les Éditions de l'Homme, 1953.

    • Notice : Écrit en pleine instruction judiciaire, cet ouvrage offre une immersion contemporaine dans l'enquête menée sur place par la gendarmerie et la police judiciaire.

2. Sur l'histoire de la Maréchaussée et l'ordre public dans la région

  • BRODEUR (Jean-Paul), Visages de la police : Les modèles de police d'Ancien Régime, Presses de l'Université de Montréal, 2002.

    • Notice : Analyse le fonctionnement des brigades de maréchaussée rurales comme celle de Loudun au XVIIIe siècle.

  • SOCIÉTÉ DES ANTIQUAIRES DE L'OUEST, Bulletins et Mémoires, Poitiers (plusieurs volumes).

    • Notice : Ces publications d'histoire locale contiennent régulièrement des notes sur la criminalité dans le Loudunais, la prison de Loudun et l'activité des forces de l'ordre sous l'Ancien Régime et la Révolution.


II. Notices d'orientation archivistique (Où chercher ?)

Les dossiers opérationnels, les procès-verbaux historiques et les registres de personnel ne sont pas numérisés et doivent être consultés en salle de lecture.

Notice 1 : Les Archives Départementales de la Vienne (Poitiers)

C'est le lieu de conservation principal pour l'activité judiciaire et le maintien de l'ordre de l'arrondissement historique de Loudun.

  • Série L (Période révolutionnaire - 1789-1800) : Contient les rapports de la maréchaussée puis de la gendarmerie nationale naissante sur les troubles politiques et le brigandage dans le Loudunais.

  • Série N (Administration départementale - XIXe-XXe siècles) :

    • Sous-série 1N à 4N : Conserve les rapports annuels du préfet et les budgets alloués aux bâtiments et casernements de la gendarmerie de Loudun.

  • Série U (Justice - XIXe-XXe siècles) : Contient les dossiers de procédure des affaires instruites par les gendarmes de Loudun et transmises au tribunal de première instance de Loudun (supprimé en 1926) ou de Châtellerault.

  • Lien utile : Archives départementales de la Vienne.

Notice 2 : Le Service Historique de la Défense (SHD - Vincennes)

La gendarmerie étant une force militaire, son histoire institutionnelle et le parcours de ses hommes sont conservés dans les archives de l'Armée.

  • Série GD (Gendarmerie Départementale) :

    • Sous-série 21 GD : Documents d'organisation générale, d'inspections des brigades de la Vienne et historiques de détachements.

    • On y trouve des rapports d'inspection du XIXe siècle détaillant la discipline, la tenue et l'efficacité de la brigade de Loudun.

  • Lien utile : Service historique de la Défense.

Notice 3 : Le Fonds de la Ville de Loudun

  • Lieu : Mairie de Loudun (Service des archives communales).

  • Contenu : Les archives municipales conservent les correspondances entre les maires successifs et le commandant de brigade, notamment au sujet de la gestion de la sûreté urbaine, des foires, du vagabondage et de l'implantation successive des casernes dans la ville.

  • Lien utile : Ville de Loudun - Service Patrimoine et Archives.

Tag(s) : #Affaires criminelles, #Police - Gendarmerie - Femmes, #Régions - Histoire
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