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On doit à l'historienne Danielle Donet-Vincent (souvent orthographiée Donnet-Vincent) une contribution universitaire majeure à la compréhension historique, institutionnelle et humaine des bagnes coloniaux français. [1, 2]

Docteure en histoire, elle a fait partie du groupe de recherche pionnier sur « les prisons de la République », codirigé par Michelle Perrot et Robert Badinter à l’EHESS. Ses travaux ont permis de faire passer le bagne du statut de mythe populaire (alimenté par la littérature et le cinéma) à celui d'objet d'étude scientifique rigoureux. [1, 2, 3, 4]

Voici ce que l'histoire et la recherche lui doivent principalement :

1. La cartographie précise de l'agonie et de « La fin du bagne »

Son premier ouvrage de référence, La fin du bagne (1923-1953) publié en 1992, est une étude pionnière sur les trente dernières années du bagne de Guyane. [1, 2]

  • Ce qu'elle a apporté : Elle a minutieusement décortiqué le processus politique, législatif et médiatique qui a conduit à la fermeture des bagnes. Elle distingue nettement le temps de la dénonciation médiatique (portée par le célèbre reportage d'Albert Londres en 1923 et l'action du salutiste Charles Péan) de celui de l'application concrète de la fermeture, qui s'étira jusqu'au rapatriement des derniers condamnés en 1953. [1, 2]

2. Une somme historique globale : « De soleil et de silences »

En 2003, elle publie son œuvre magistrale, De soleil et de silences : histoire des bagnes de Guyane. S'appuyant sur un dépouillement massif d'archives publiques et privées, elle a structuré la mémoire de ces espaces de détention : [1, 2, 3]

  • La différenciation des peines : Elle a clarifié pour le grand public et les chercheurs les distinctions juridiques fondamentales entre la déportation (politique), la transportation (condamnés aux travaux forcés de droit commun) et la relégation (internement des récidivistes). [1]

  • La filiation historique : Elle a démontré que le bagne colonial n'était pas seulement l'héritier des galères ou des bagnes portuaires métropolitains (Toulon, Brest), mais qu'il répondait aussi à des logiques purement coloniales d'exploitation des terres et de gestion des flux politiques. [1]

3. La mise en lumière des déportés politiques oubliés : Le cas des Indochinois

Danielle Donet-Vincent a grandement contribué à sortir de l'oubli des pans entiers de la répression coloniale, notamment à travers ses recherches sur les bagnes des Indochinois en Guyane (1931-1963). Elle a documenté le sort de ces vagues de déportés politiques d'Asie du Sud-Est, moins connus que les communards ou les prisonniers de droit commun, mais transportés dans des conditions de détention terribles au nom de la sûreté de l'État. [1, 2, 3]

4. L'exploration de la vie des matons et fonctionnaires : L'affaire Albert Ubaud

Dans son ouvrage de 2012, Il était une fois le bagne colonial, elle innove en déplaçant le regard du côté de l'administration. [1, 2]

  • Ce qu'elle a apporté : En exploitant les archives privées, notes et photographies d'Albert Ubaud, un fonctionnaire civil de l'administration pénitentiaire ayant exercé entre la Nouvelle-Calédonie, la Guyane et l'Afrique, elle a offert une vision inédite de la vie quotidienne, de la bureaucratie et de l'état d'esprit de ceux qui faisaient tourner la machine carcérale coloniale. [1, 2]

Tag(s) : #Bagnes coloniaux, #Femmes - repères biographiques, #Femmes dans la société
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