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L'histoire du syndicalisme pénitentiaire en France reflète fidèlement la lente transition des personnels de prison, passés du statut de « gardiens militaires » à celui de fonctionnaires civils dotés de missions de sécurité et de réinsertion. Cette histoire est rythmée par la conquête du droit syndical, les scissions idéologiques nationales et les luttes pour la reconnaissance de la pénibilité du métier.
L'évolution de ce mouvement social s'est construite en quatre grandes périodes :
1. Les pionniers et la Belle Époque (1905 - 1939)
Au début du XXe siècle, la loi du 24 mars 1884 reconnaît le droit syndical en France, mais la jurisprudence l'interdit formellement aux fonctionnaires et agents de l'État, considérés comme les garants de l'ordre public.
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L’ère des « Amicales » (1905) : Pour contourner cette interdiction, les agents pénitentiaires s'organisent sous forme d'associations. Le 12 décembre 1905 naît l’Association Amicale des Gardiens de Prisons, fortement influencée à ses débuts par le courant anarcho-syndicaliste. [1, 2]
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La naissance du Réveil pénitentiaire (1907) : Le 15 mars 1907 est publié le tout premier numéro du Le Réveil pénitentiaire, qui s'impose comme le plus ancien journal corporatiste et la mémoire des revendications professionnelles des surveillants. [1]
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L'amorce de la syndicalisation (1924) : Malgré le flou juridique, l’« Association Générale des Gardiens de Prison » franchit un cap le 27 septembre 1924 en choisissant d'adhérer à la Fédération de l’administration générale CGT. Les revendications portent alors sur l'augmentation des salaires misérables, le droit au logement et l'amélioration des rythmes de travail (les journées dépassent fréquemment 12 heures). [1]
2. Le tournant de la Libération et l'explosion du syndicat unique (1945 - 1958)
Le sortir de la Seconde Guerre mondiale marque un bouleversement complet. Le droit syndical est officiellement reconnu aux fonctionnaires par le statut général de 1946.
Parallèlement, la réforme pénitentiaire de 1945 impulsée par Paul Amor redéfinit le rôle du gardien en « surveillant » acteur de la rééducation. La configuration syndicale se fragmente alors sous le coup des tensions politiques nationales : [1, 2]
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La scission de la CGT (1947-1948) : À l'image du paysage ouvrier français, la CGT Pénitentiaire éclate. Les militants se répartissent entre la CGT, les Autonomes et, quelques années plus tard, la CFTC (créée en 1950 depuis la prison de la Santé). [1, 2]
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L'apparition de FO Pénitentiaire (1954) : Le Syndicat National CGT-FO des personnels pénitentiaires voit le jour au milieu des années 1950 et publie son propre organe, L’Espoir Pénitentiaire. [1]
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La naissance des syndicats spécialisés (1958) : C’est aussi à cette époque que les personnels affectés aux nouvelles tâches socio-éducatives ressentent le besoin d'une représentation propre. Les premiers éducateurs de probation (souvent issus du corps des surveillants) fondent en 1958 le SNPEAP (aujourd’hui SNEPAP-FSU), marquant l'entrée du secteur de l'insertion dans l'arène syndicale. [1]
3. L'institutionnalisation et le choc de 1958
L'année 1958 marque un tournant juridique majeur. L’ordonnance du 6 août 1958 dote les personnels de surveillance d'un statut spécial.
En contrepartie, le droit de grève leur est formellement retiré afin de garantir la continuité de la sécurité de l'État (une interdiction toujours en vigueur aujourd'hui). Dès lors, le syndicalisme pénitentiaire doit se réinventer : il passe d'une culture de grève ouverte à un syndicalisme de négociation de couloir, de tribunes dans les revues et de débrayages symboliques, tout en faisant face à la surpopulation carcérale chronique des décennies 1960 et 1970. [1, 2]
4. La restructuration moderne (1987 à nos jours)
À la fin des années 1980, le paysage syndical se recompose autour de forces majeures qui subsistent encore :
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L'émergence de l'UFAP (1987) : Le 16 avril 1987 est créée l'Union Fédérale Autonome Pénitentiaire (UFAP). Elle devient rapidement une force incontournable (plus tard associée à l'UNSA), signant des accords catégoriels majeurs au début des années 1990 pour revaloriser les primes de nuit et les grilles indiciaires des surveillants.
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Le paysage contemporain : Le syndicalisme pénitentiaire actuel reste très combatif et s'articule principalement autour de grandes organisations (comme l'UFAP-UNSa Justice, le Syndicat Pénitentiaire des Surveillants - SPS, la CGT Pénitentiaire et FO Justice). Leurs revendications se concentrent désormais sur le manque d'effectifs, la dangerosité accrue du métier face aux agressions et la reconnaissance du statut de force de sécurité publique. [1]
Philippe Poisson a consacré des travaux de recherche à l'histoire du syndicalisme pénitentiaire. Pour lui, l'émergence des syndicats au sein des prisons fait partie intégrante de la professionnalisation et de l'émancipation des personnels pénitentiaires face à l'État. [1]
Ses contributions sur ce thème se structurent autour de plusieurs axes majeurs :
1. Des dossiers pédagogiques sur « Les Pionniers »
En tant qu'ancien formateur à l'[École nationale d'administration pénitentiaire (Énap)], Philippe Poisson a rédigé des fiches et documents à usage pédagogique spécifiquement dédiés à cette mémoire sociale. Son étude intitulée « L'époque des pionniers du Syndicalisme Pénitentiaire » est un texte de référence qui retrace les premières velléités de regroupement des agents au début du XXe siècle. [1, 2]
2. Le décryptage de la bascule de 1905
Dans ses analyses, il documente avec précision le tournant du début du siècle : [1]
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La création de l’Amicale (1905) : Il met en lumière la naissance, le 12 décembre 1905, de l'« Association Amicale des Gardiens de Prisons », qui marque la fin de l'isolement des agents de détention. [1]
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« L'État est un patron comme les autres » : Philippe Poisson décrypte comment ces pionniers ont rallié le mouvement de défense des salariés de l'État. Il explique la controverse de l'époque, où le droit de se syndiquer était farouchement refusé aux agents de force publique. [1]
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Le rôle de la presse corporative : Il a répertorié et étudié les premiers journaux corporatifs comme L'Étoile puis Le Réveil Pénitentiaire (créé en 1907), qui diffusaient les revendications des gardiens. [1]
3. La mise en valeur des figures syndicales oubliées
Fidèle à sa méthode ,Philippe Poisson s'attache à redonner un nom aux acteurs de cette histoire. Dans ses écrits, il met particulièrement en avant la figure de Richet, considéré comme le véritable fondateur du syndicalisme pénitentiaire. Il y détaille ses 21 propositions pour réformer la condition des agents et rappelle que sa fermeté et ses positions fédéralistes lui valurent d'être révoqué par l'administration. [1, 2]
À travers ces recherches, diffusées sur son portail [Culture et justice], Philippe Poisson montre que l'obtention des droits syndicaux et des premières avancées statutaires (comme les propositions de Richet ou le congrès de 1911) a été le fruit d'une lutte sociale intense menée par des gardiens sortant de leur mutisme historique. [1]
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