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L’incarcération de Magda Fontanges à la prison pour femmes de Mauzac (Dordogne), entre 1948 et 1951, constitue l’un des épisodes marquants de l'immédiat après-guerre dans ce centre de détention périgourdin. Celle que l'histoire surnommera la « Mata Hari de pacotille » y a purgé une partie de sa peine pour faits de collaboration. [1, 2, 3]

1. Pourquoi Magda Fontanges a-t-elle été incarcérée ?
Avant d'échouer en Dordogne, Magda Fontanges (de son vrai nom Madeleine Corabœuf) a eu une vie d'aventurière internationale particulièrement sulfureuse : [1, 2]

  • La maîtresse du Duce : Journaliste et actrice, elle devient la maîtresse de Benito Mussolini dans les années 1930. Éconduite, elle fait parler d'elle en blessant par balle l'ambassadeur de France à Rome, Charles de Chambrun, qu'elle tenait pour responsable de sa rupture. [1]
  • Espionne sous l'Occupation : Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle bascule dans la collaboration active. Elle est recrutée par les services de renseignement allemands (l'Abwehr et le SD) et fréquente le milieu de la Gestapo française, devenant notamment la maîtresse d'Henri Lafont. [1, 2]
  • La condamnation : Arrêtée à la Libération, elle passe en jugement devant le Tribunal militaire de Toulouse en janvier 1947. Reconnue coupable de trahison, elle échappe à la peine de mort mais se voit condamnée à 15 ans de travaux forcés, à la dégradation nationale à vie et à la confiscation de ses biens. [1, 2]
2. Le séjour au "Camp Sud" de Mauzac (1948 - 1951)
Magda Fontanges est transférée et écrouée à Mauzac le 5 juin 1948. [1]
À cette époque, le « Camp Sud » de Mauzac (anciens baraquements initialement prévus pour une poudrerie en 1940) est temporairement aménagé en prison pénitentiaire pour femmes. Il regroupe principalement des détenues condamnées par les cours de justice dans le cadre de l'Épuration. [1, 2]
Bien que condamnée à un régime sévère, sa détention à Mauzac dure un peu plus de deux ans et demi. Son tempérament de feu ne passe pas inaperçu, et elle supporte très mal l'enfermement. Elle quitte l'établissement le 31 janvier 1951 lorsqu'elle est transférée vers la maison d'arrêt de Pau. Quelques jours plus tard, le 15 février 1951, le Camp Sud de Mauzac vide définitivement sa population carcérale féminine pour la transférer vers la centrale de Rennes. [1, 2, 3]
3. La fin d'une trajectoire romanesque
Bénéficiant d'une libération conditionnelle en 1952 avec une assignation à résidence à Melun, elle s'enfuit rapidement pour ouvrir un bar sous un prête-nom à Paris, proclamant à sa sortie : « Je suis une lionne sortant de cage… » [1]
Après une nouvelle incarcération à la Petite Roquette fin 1954 pour rupture de son interdiction de séjour, puis une arrestation farfelue pour le vol d'un tableau d'Utrillo, elle s'exile en Suisse. Magda Fontanges mettra fin à ses jours par absorption de somnifères à Genève, le 28 septembre 1960, scellant dans la solitude la fin d'un destin tumultueux. [1, 2, 3, 4]

L'historien Jacky Tronel, grand spécialiste de l'histoire pénitentiaire en Dordogne et du centre de détention de Mauzac, pose un regard précis, clinique et sans complaisance sur la trajectoire de Magda Fontanges. [1, 2, 3]

À travers ses travaux de recherche publiés notamment dans la revue Arkheia et sur son blog de référence Histoire pénitentiaire et Justice militaire, son analyse s'articule autour de trois axes principaux : [1, 2]
1. La démystification : Une « Mata Hari de pacotille »
Jacky Tronel reprend à son compte cette formule assassine (originellement employée par le journal Libération) pour qualifier Magda Fontanges. [1]

  • Loin du mythe de la grande espionne : L'historien récuse l'image romancée d'une maîtresse de l'ombre redoutable. Il la décrit avant tout comme une « aventurière mythomane ». [1]
  • Une opportuniste égarée dans l'histoire : Pour lui, sa bascule dans la collaboration avec les services secrets allemands (l'Abwehr) ou son intimité passée avec Mussolini relèvent davantage d'un opportunisme narcissique, d'une quête éperdue de paillettes et de pouvoir, que d'une réelle cohérence politique ou d'une maîtrise du renseignement militaire. [1, 2]
2. Le portrait d'une détenue ingérable à Mauzac
En se penchant sur son écrou au Camp Sud de Mauzac (1948-1951), Jacky Tronel éclaire le contraste entre le faste de la vie passée de l'actrice/journaliste et la dureté de l'enfermement post-Libération : [1, 2]

  • Il documente son incapacité totale à supporter la discipline carcérale. Fontanges y apparaît comme une prisonnière au tempérament de feu, paranoïaque et en conflit permanent avec l'institution. Son transfert précipité à Pau en janvier 1951, juste avant la fermeture de la section des femmes de Mauzac, illustre ce parcours chaotique. [1, 2, 3]
3. L'analyse d'une déchéance psychologique
Jacky Tronel ne s'arrête pas aux portes de Mauzac ; il analyse la fin de vie de Magda Fontanges comme une inéluctable descente aux enfers, guidée par la maladie mentale. [1]

  • Il relate avec minutie ses dérives psychiatriques d'après-prison, notamment sa tentative farfelue d'assassiner son ancien avocat (Me Floriot) combinée au vol manqué d'un tableau d'Utrillo. [1, 2]
  • Pour l'historien, son suicide aux somnifères à Genève en 1960 vient clore de manière dramatique mais logique la trajectoire d'une femme brisée, consumée par ses propres chimères et définitivement marginalisée par ses choix sous l'Occupation. [1, 2]
En somme, Jacky Tronel refuse d'en faire une héroïne tragique ou une criminelle d'envergure : il la replace dans l'histoire comme une figure excentrique, instable et pathétique des dérives de l'Épuration. [1, 2]
Tag(s) : #Femmes - repères biographiques, #Femmes dans la société, #Femmes dans les guerres, #Guerre 1939 -1945 - Vichy
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